Rythmes Croisés - par Stéphane Fougère, janvier 2018


« Au tout début était le Rythme… » nous rappelle cette phrase, dernière d’un texte qui figure dans l’un des volets de ce digipack qui renferme une œuvre présentée comme « une aventure musicale de libération et d’émancipation ». « Que… Hein ? Quoi ? » Ah oui !, vraiment, on est désolés de bousculer votre conscience engoncée dans ses corsets routiniers et de la tirer de son douillet lit de réflexes mécaniques ! Parce que, voyez-vous, on parle en fait d’une formation française qui s’appelle FREE HUMAN ZOO et qui livre ici son second opus, Freedom, Now ! Et il y est question de « libérer la Parole, libérer le Son, libérer l’Esprit »… Forcément, ça gêne aux entournures des distractions toutes faites… Prière donc de se vous débarrasser de vos carcans avant d’entrer dans cette musique. Aurait-on affaire à une bande de débraillés et de débauchés anarchistes qui pensent qu’il suffit de tirer la queue d’une vache et de sampler ses mugissements sur des beats programmés pour faire de la zikmu ? Non point. On parle ici d’une œuvre hautement élaborée conçue et jouée par des musiciens, des vrais, qui bougent, qui transpirent… Car la liberté est à ce prix. Et ce « Zoo des hommes libres » (notez le savoureux paradoxe au passage…) est du genre à cultiver un jardin dont les graines sont plutôt diversifiées, de manière à aboutir à un environnement puissamment coloré. FREE HUMAN ZOO, c’est six musiciens et un ingénieur du son ; c’est donc un septet. On n’a pas eu le temps de voir passer son premier opus, Aïki Dõ RéMy (2014), aussi avons-nous saisi au vol sa « Liberté, Maintenant », et c’eut été dommage de s’en priver ! Un saxophone ténor, une guitare, un piano, un trombone, une basse et une batterie sont les moyens avec lesquels FREE HUMAN ZOO travaille à sa libération et concomitamment à l’émancipation de ses auditeurs, en leur livrant une mixture hybride qui puise dans de nombreux idiomes musicaux, jazz, rock, musique classique contemporaine, le tout savamment fondu dans des compositions aux respirations amples et vibrantes. Freedom, Now ! est pourvu de quatre compositions, chacune divisée en trois parties enchaînées, voire quatre parties dans le cas de la dernière, qui, il est vrai, dépasse les vingt minutes. Nous avons donc affaire à des pièces montées aux charpentes solides et aux structures sinueuses qui évidemment, rappellent celles de ce rock dit progressif, à ceci près que l’esprit des thèmes et l’aménagement des différentes parties renvoient plutôt au langage d’un certain jazz mi-acoustique, mi-électrique, peut-être même à une sorte de jazz-rock, mais non réductible à du jazz-rock. Le swing et le groove qui sous-tendent les lignes mélodiques invitent l’auditeur à se connecter à des pulsations profondes qui le pousseront à se perdre dans ces espaces bigarrés et ouverts où chaque musicien a le loisir de s’exprimer en soliste sans pour autant tirer la couverture de l’égocentrisme. Le FREE HUMAN ZOO fonctionne en mode collectif, mais respecte les individualités, leur offre de généreux espaces de jeu qui, toutefois, sont articulés à un plan d’ensemble, une ligne directrice qui rappelle que toute liberté s’arrête là où commence celle du voisin, et que chacun doit cultiver sa liberté en restant à l’écoute de celles des autres, et en restant fixé sur une trajectoire plus générale d’émancipation. Le FREE HUMAN ZOO se livre donc comme une vitrine façonnée par plusieurs volontés d’affranchissement musical qui se sont exprimées au cours du siècle passé, de Claude DEBUSSY à John COLTRANE en passant par le MAHAVISHNU ORCHESTRA, Steve REICH, Elvin JONES, Erik SATIE, Igor STRAVINSKY, Christian VANDER, KING CRIMSON, liste probablement non exhaustive, et qui en dit long sur la culture des musiciens du ZOO, et notamment de son directeur, le batteur et compositeur Gilles LE REST. Il n’est que de savoir qu’Aspettando la Primavera est dédiée à Aldo ROMANO, que Borokoni est inspiré d’un morceau traditionnel guinéen, que Maniacus rend hommage aux « chers petits disparus », et qu’Amour moteur, Matrice se veut être un hymne à la passion, pour deviner que la grille de lecture de la musique de FREE HUMAN ZOO peut se faire à différents niveaux. Et il n’est que de l’écouter et de s’imprégner de son caractère jubilatoire intrinsèque pour réaliser qu’il n’y a là nulle fausse prétention, juste une sincérité d’approche absolue. Les amateurs avertis de sons exigeants n’auront pas manqué de remarquer que Freedom, Now ! est paru sur Ex-Tension, sous-label de Seventh Records, la maison-mère d’un certain groupe français qui a dédié son œuvre « à vie, à mort, et après ». Lui nous parlait d’une autre planète. FREE HUMAN ZOO nous parle d’ici, de cette bonne vieille Terre, d’un enclos sans barrières, qui tutoie l’étoile et le minéral, aux travers de rythmes effrontés et chaloupés. À chacun de les faire sien. Freedom, Now ! vous y aidera grandement.




Clair § Obscur, Prog. Mag. et Webzine - par Henri Vaugrand, novembre 2017


Le projet FREE HUMAN ZOO s’est lui-même autoproclamé « Intergalactic Free Music Project ». Tout un programme ! Depuis ses origines à l’orée de l’année 2011 (selon le Milky Way Galactic Calendar) et à l’initiative de Gilles Le Rest (batteur et compositeur) et Laurent Skoczek (tromboniste), FREE HUMAN ZOO a développé librement son projet jazz-rock instrumental. Après un premier album en 2014, Aïki Dõ RéMy, le FHZ a poursuivi son ouvrage en proposant en 2016 ce "Freedom, Now!", au leitmotiv sans concession. Il faut dire qu’avec le soutien de Stella Vander et Francis Linon au travers de leur catalogue « Ex – Tension », du label Seventh Records, notre septuor (puisque l’ingénieur du son Marcus Linon fait partie intégrante du groupe) a en quelque sorte le parrainage de la famille kobaïenne… Mais n’allez pas croire que FREE HUMAN ZOO n’est qu’un avatar puisant exclusivement à la source fusionnante de Magma. Le groupe, comme sa musique, sont « Free », comme le jazz du même nom, « Human » comme les palpitations et les soubresauts qui l’animent, « Zoo » pour cette passion animale qui ne supporte pas l’enfermement. "Freedom, Now!" n’est composé que de quatre pièces. Mais chacune d’elle comporte trois ou quatre parties et oscille entre 9:27 et 21:47. Cela laisse le temps de développer des thèmes, d’aller, de revenir, le tout sans provoquer aucune lassitude auditive. Car, parmi les nombreuses qualités du jazz rock de FREE HUMAN ZOO, celle qui ressort de l’écoute de ce deuxième album, c’est la qualité des compositions et de l’interprétation qui font que l’on passe d’une partie à une autre sans même s’en rendre compte, comme une évidence, avec une jubilation intense. L’empreinte de la musique Zeuhl est probante dans les constructions du batteur-compositeur Gilles Le Rest (qui a dû aussi beaucoup écouter Elvin Jones), mais on sent également les influences d’Erik Satie ou Claude Debussy dans le piano de I’M’ (sans parler de Keith Jarrett) et de John Coltrane dans les échanges du trombone de Laurent Skoczek et du sax ténor aux ascendances multiples de Samy Thiebault. Pour autant, le groove très proche d’un Mahavishnu Orchestra dans ses moments les plus intenses doit aussi sa netteté à la basse fretless de Nicolas Feuger, toujours apte à ornementer les différents tempi. Enfin, comment ne pas parler du jeu et du son du guitariste Dan Decrauze, adepte de Frank Zappa et de Carlos Santana (période Devadip). Les plus progressifs d’entre nous trouveront également des filiations avec l’école de Canterbury, mais qu’importe… Ce qui est phénoménal, c’est d’avoir un groupe de ce niveau capable de produire une musique de cette qualité (ça doit être quelque chose en concert !). Il faudrait bien des heures pour décortiquer ce "Freedom, Now!" pour espérer n’en rien oublier. Mais il convient de nous émanciper de cette tentation. La musique de FREE HUMAN ZOO se découvre, se savoure, et se redécouvre à chaque nouvelle écoute. On a véritablement l’impression d’avoir les musiciens à côté de soi et de vibrer à chacune de leur palpitation hybride. On y verrait presque un retour à nos chères 70s, substances illicites en moins ! À la technicité étalée et parfois dégoulinante de pas mal de groupes de jazz-rock, FREE HUMAN ZOO oppose (c’est bien le mot, on dirait presque du JIO, Jazz-rock In Opposition) de simples mélodies, des scansions jubilatoires, des envolées lyriques et des promenades bucoliques. Sans autre collier que son désir d’émancipation et d’hybridation, le FREE HUMAN ZOO court la prétentaine musicale, butinant ses mélopées avec vigueur, enthousiasme et sensibilité. On en sort enivré de l’écoute, mais on y retournera sans cesse, aussi vrai que l’ivresse, comme l’assurait Sénèque « est une folie volontaire »…




Prog Critique - par Gabriel Badelier, mai 2017


FREE HUMAN ZOO est un groupe formé en 2011 par Gilles LE REST, batteur, compositeur et Laurent SKOCZEK, tromboniste. Issu de la scène jazz, mais abreuvé d’influences rock, rock progressif et free jazz, FREE HUMAN ZOO donne naissance à une musique intensément dynamique, en déployant un univers musical communicatif. "Freedom, Now !" fait suite à « Aïki Dõ RéMy », paru en 2014. "Freedom, Now !" propose un ensemble de quatre suites, où l’inventivité côtoie avec bonheur un certain classicisme, une continuation musicale de l’esprit jazz-rock des années 70, une contribution dans la tradition et la lignée de groupes comme Soft Machine, Hatfield and the north ou le projet Matching Mole. Je pense que FREE HUMAN ZOO poursuit le long chemin tracé par ces initiateurs, pour établir comme un équivalent actuel et moderne à la musique élaborée à cette période. La clé de la compréhension de cet album découle d’une appréciation globale et empathique pour un jazz-rock frais et mélodique. Un voyage qui commence avec « Borokoni », une pièce en trois parties qui se distingue en particulier par l’intégration d’une dimension épique et dense, qui synthétise elle-même une approche méthodique et fusionnelle d’une musique qui s’ouvre au rock, pour terminer sur un jazz ultime, à l’instar de ce que faisait à son époque le groupe Return to Forever. La deuxième pièce, « Amour moteur, Matrice » , toujours décomposée en trois mouvements, bénéficie d’une orientation musicale pas trop complexe, un gentil travail édulcoré mais très réfléchi. Loin des clichés, le titre propose un jazz-rock limpide , progressif et ensoleillé, à mettre entre toutes les oreilles. De toute évidence, un signe de maturité. « Aspettando la Primavera », une dédicace à Aldo Romano (batteur, compositeur et chanteur), s’égrène léger et pétillant, sur trois parties remarquables d’intensité et d’émotions. Progressif à cœur, le long « Maniacus » surprend notamment sur son premier mouvement, la « Marche des méchants… Les méchants impunis… Forces de vie… », révélant une nouvelle facette du groupe, très à l’aise aussi bien dans le jazz-rock que dans des morceaux proches d’un rock progressif débridé. "Freedom, Now !" est un album extrêmement agréable à écouter, du début à la fin !




Prog'Résiste (n° 88), par R.R., avril 2017


FREE HUMAN ZOO, dont cet album « Freedom, Now ! » porte un nom bien revendicateur, est en fait un sextet de jazz-rock très classique dans le contenu, même si diverses influences extra-jazzistiques sont là. Quatre longues pièces, de 9’27 à plus de 20’, cela laisse pas mal de temps pour bien explorer leur jazz-rock légèrement teinté de Zeuhl, dans le jeu des claviers comme dans l’utilisation des répétitions. Guitare, claviers, cuivres, basse et batterie, ajoutés d’un travail en studio qui donne une production irréprochable, permettent à la musique de prendre du volume, de l’ampleur. Essentiellement composée par le batteur du groupe (ceci expliquant peut-être l’heureuse utilisation de la répétition à certains moments …), la musique y est riche et variée. Ce « Freedom, Now ! » est leur premier album, même si un EP (« Aïki Dõ RéMy », qui lui, était plus Zeuhl) était sorti uniquement en version numérique en 2014. Ancrée dans un très bon jazz-rock à la technique irréprochable -sans être démonstratif-, la musique du FREE HUMAN ZOO possède les contrastes typiques de la musique Prog, ceux que nous apprécions tant : piano jazz tranquille, qui suit des répétitions zeuhliennes -par exemple-, des soli de guitare folle, des mélodies entêtantes, des cuivres émouvants, des développements très typiques d’un jazz-rock moderne. Le batteur-leader Gilles Le Rest en a composé les quatre titres (ou trois mouvements), qui finalement permettent d’avoir un tout, une unité stylistique bien agréable. In fine, cet album plaira certainement à tout amateur de jazz-rock, et encore plus, à tous ceux qui l’apprécient avec une pointe (voire un peu plus !) de Zeuhl. Et si en plus, vous aimez les belles mélodies, cet album est pour vous.




Progression Mag - by John Collinge, March 2017


This adventurous French sextet led by drummer Gilles Le Rest claims inspiration from fellow countrymen Magma and certainely, propulsive Zeuhl-like passages manifest throughout the exuberantly delivered Freedom, Now ! But, while driving rock rhythms, resonantly rude electric guitar and probing keys blur stylistic boundaries (as Le Rest intends), the group’s penchant for virtuosic flights of improvisationnal fancy keeps on overriding jazz sensibility firmly at the helm. Where "Freedom, Now !" succeeds brilliantly is keeping those oft-raucous excursions tethered compositionally for a cohesive sense of flow that is aggressively upbeat, sometimes-melodic and wholly unpredictable. Leadind the charge are Samy Thiébault (sax/flute), Dan Decrauze (guitars), I’M’ (keyboards) and Laurent Skoczek (trombone), with bassist Nicolas Feuger helping Le Rest erect some impressively rhythmic foundations. The album comprises four lengthy multipart suites ranging from 10 to 22 minutes. Some parts are overtly proggy, a la opening segment « Une Nuit, cette Présence » with its tumbling organ figure and sprawling Santana-style guitar lead. Elsewhere, spacey/jam-y « Magie d’un Sourire » forges a different path. But whatever sonic cul-de-sacs are explored en route, all trails ultimately converge, satisfyingly, into cogently realized arrangements.




Highlands Progressive (n°83) - par Catherine Codridex, 18/03/2017


Des albums dans une enveloppe et à chaque envoi de notre cher Didier, de belles surprises. Cette fois ci il s’agit du groupe français FREE HUMAN ZOO et de son dernier opus "FREEDOM NOW !".

Impossible de tout connaître et malgré un EP paru en 2014 composé d’un long morceau de quatre mouvements, ce sextet français n’était pas encore arrivé sur ma platine. Gilles Le REST compose et tient la batterie et les percussions. A ses côtés Samy THIEBAULT au saxophone ténor, Nicolas FEUGER à la basse, Dan DECRAUZE à la guitare, Laurent SKOCZEK au trombone, aux claviers et synthés I’M’. Si Claude Nougaro chantait le jazz et la java, FHZ lui, joue du jazz et du rock, mais pas que. Et c’est ce « pas que » qui est fichtrement intéressant. Décrire cet album en le qualifiant de jazz/rock apparaît trop réducteur. FREE HUMAN ZOO dépasse ce concept pour apporter à sa musique un métissage étendu au-delà des codes et des convenances.

Treize instrumentaux divisés en quatre suites, la formule leur convient. Elle apporte de la cohérence dans la progression de l’opus et on ouvre l’album comme un lecteur un livre, chapitre par chapitre. Le jazz disserte, s’exprime en toute liberté et n’hésite pas à avoir plusieurs liaisons simultanément. Le rock fonce, donne son énergie, son explosivité (Danse de L’Ivresse, Corps et Esprit) et de magnifiques soli de guitare. Les deux, ensemble, créent un album inventif et généreux. Une hybridation de Coltrane, de Magma, d’Erik Satie.

La batterie en est le cœur profond et passionné. Elle sait gérer ses pulsations à la manière des grands sportifs, toujours maîtres d’eux-mêmes. Cela n’empêche pas les bonds et sauts de genres, ni de s’accorder aux jeux des autres instrumentistes. Elle sait aussi laisser sa place sur des titres plus calmes aux mélodies douces et prenantes classique du piano mis en avant et relayé par le saxophone et le trombone (Aspettando...). Très jazzy, fins et subtils : Valse Ascensionnelle et Pluie, Vapeur, Sécheresse sont un tantinet vintage dans le son et dans l’exploitation de la mélodie qui court.

Puis changement radical avec Magie d’un Sourire, modernité grâce à un travail de recherche du synthétiseur qui produit des sons expérimentaux torturés en attendant que le jazz arrive. Puissance continue, changements de rythmes, reprises hypnotiques du thème. Rupture des Temps, Cassure du Temps avec au passage un superbe travail de la guitare. L’Horloge atemporelle laisse le trombone faire la démonstration de toute l’ampleur de son jeu. La Marche des Méchants utilise de nombreux subterfuges pour nous tenir en haleine pendant 11 minutes. Un thème central qui tourne en boucles pour canaliser notre attention et qui, par vagues successives, s’enrichit de nouvelles saveurs. Un arc en ciel en perpétuel renouvellement.

Je passe volontairement sur tous les idéaux sous-jacents que je devine à travers l’énoncé des titres car il ne m’appartient pas de juger les convictions des uns et des autres, seulement ma curiosité a du plaisir à les découvrir.

Mais en ce qui concerne la musique offerte par FREE HUMAN ZOO, surtout ne passez pas à côté d’un album magnifique, classieux, coloré et jouissif. (*****)




Jazz A Babord - Interview de Bob Hatteau, 05/03/2017


A la découverte de… Gilles Le Rest Le percussionniste Gilles Le Rest est le directeur artistique du sextet FREE HUMAN ZOO, créé en 2011 avec le tromboniste Laurent Skoczek. Après Aïki Dõ RéMy, sorti en 2014, la joyeuse bande vient de sortir Freedom Now ! Tout un programme et une bonne occasion de découvrir Le Rest… La musique "J’ai certainement découvert la notion de swing à la maison, en "fréquentant" les disques de mon père, ceux de Sidney Béchet, de Claude Luter... Ensuite, toujours gamin, j'ai rejoint une harmonie dans laquelle pouvaient être convoqués Gerswhin ou Mancini. Mais c'est un peu plus tard que je me suis réellement intéressé aux musiques afro-américaines, notamment à travers la musique de Magma, qui m’aura ouvert au(x) monde(s) de John Coltrane, de Pharoah Sanders ... Par ailleurs et s'agissant de l'instrument, je ne crois pas que la batterie ait été un choix, mais plutôt une sorte d’irrésistible appel ... Celui du rythme et des percussions ... Chez nous, comme je cassais toutes les oreilles venues en frappant sur des seaux, des décisions s'imposaient ... Pendant longtemps, j’ai appris la batterie tout seul, en autodidacte, avec quelques stages par-ci, par-là. Grâce à de belles rencontres aussi, de musiciens passionnés et passionnants, d'enseignants qui l'étaient tout autant. Puis, en 1995, quand je suis arrivé en Île-de-France, Georges Paczynski m’a très amicalement pris sous son aile. Avec beaucoup d'enthousiasme et de rigueur, il m'a invité à me "structurer". J’ai été (évidemment) influencé par Christian (Vander) et Georges (Paczynski), mais aussi par Elvin Jones (une "généalogie heureuse" !), Aldo Romano, Daniel Humair, Simon Goubert, Gilbert Elion, François Laizeau, John Coltrane (comment ne pas le citer à nouveau ?), Maurice Ravel, Claude Debussy, Igor Stravinsky, Steve Reich, John Bonham, Keith Moon, Stewart Copeland, Famoudou Konaté, Mamady Keita… entre autres... Des batteurs donc, mais pas seulement. Des musiciens, avant tout ... Et au coeur généreux ..." Cinq clés pour le jazz Qu’est-ce que le jazz ? "L’émancipation ! Un souffle d’air nouveau…" Pourquoi la passion du jazz ? "Il libère les sens et l’esprit… Il permet toutes les audaces." Où écouter du jazz ? "N’importe où et à n’importe quel moment, dès lors que les émotions sont en alerte !" Comment découvrir le jazz ? "Garder les pavillons grands ouverts et être prêt à tout." Une anecdote autour du jazz ? "La très belle et émouvante version de « La Javanaise » jouée par le trio Joachim Kühn, Daniel Humair et Jean-François Jenny-Clarke…" Le portrait chinois "Si j’étais un animal, je serais un lynx boréal, Si j’étais une fleur, je serais une rose, Si j’étais un fruit, je serais du raisin rouge, Si j’étais une boisson, je serais du lait de noisette, Si j’étais un plat, je serais des spaghettis à la bolognaise, Si j’étais une lettre, je serais G, Si j’étais un mot, je serais Joie, Si j’étais un chiffre, je serais 4, Si j’étais une couleur, je serais violet, Si j’étais une note, je serais Sib." Les bonheurs et regrets musicaux "Pour l’instant, un morceau très simple : « Maniacus ». Il est dédié aux enfants victimes des génocides... Mais en l’occurrence, il est très difficile d’être objectif… « Le meilleur est devant soi » ! Je n’ai donc aucun regret ! Tout au plus un sentiment d’urgence, car tant reste à faire ..." Sur l’île déserte… Quels disques ? "My Favorite Things de Coltrane (Atlantic), Petrouchka de Stravinsky, First Meditations de Coltrane (Impulse), Köhntarkösz, le joyeux et rebondissant Félicité Thösz, de Magma, Offering 1/2, les envoûtants disques de Stella Vander, D'épeuves d'amour et Le coeur allant vers (Seventh Records), An Indian's Week, d'Henri Texier (Label Bleu), les Danses de Debussy, le Concerto pour la main gauche, le Concerto en sol majeur et le Boléro de Ravel, Six Pianos et Different Trains, de Steve Reich et A Ceremony of Carols, de Benjamin Britten. Avec, en délicieux dessert, n'importe quelle anthologie de Barbara, de Gréco, de Brel, de Brassens, de Led Zeppelin ou des Who !..." Quels livres ? "Très certainement des écrits empreints de spiritualité, dans ce que le terme a de lumineux, des livres "aériens", de la poésie. Mais aussi plusieurs incontournables de Germaine Tillion, d'Olympe de Gouges, d'Hannah Arendt, de Michel Onfray, de Frédéric Lenoir, de Bertrand Vergely, complétés d'anthologies de Daumier/Bedos, de Coluche et Desproges. Sans oublier la pléiade d'Annette Tison et Talus Taylor !... " Quels films ? "Bien sûr et sans hésitation, La mélodie du bonheur, de Robert Wise, en tête de gondole ! Le binôme Julie Andrews-Christopher Plummer y est tellement poétiquement iconoclaste. Ensuite et dans le désordre, La Grande Vadrouille, de Gérard Oury ; Uranus, de Claude Berri ; Cinema Paradiso, de Giuseppe Tornatore ; Archimède le Clochard, de Gilles Grangier (avec l'immense Jean Moncorgé) ; Tous les matins du monde, d'Alain Corneau ; Le bonheur est dans le pré, d'Etienne Chatiliez ... Et comment ne pas re-convoquer ici le chef d'oeuvre d'Henri Verneuil, Un singe en hiver ? Cela vous paraîtra peut-être paradoxal, mais c'est pour moi un des seuls films parlant vraiment de Musique. Idemo, comment ne pas re-convoquer le sublime La vita è bella, de Roberto Benigni ? Et n'oublions pas, en forme de clin d'oeil, la belle philosophie du Monstres et Cie, de Pete Docter et de l'équipe Pixar. Mais il y en a tant à citer ... Une page entière n'y suffirait pas ..." Quelles peintures ? "Des œuvres de Marc Chagall, Salvador Dali, Léonard De Vinci…" Quels loisirs ? "Jouir du temps présent, de la présence d'autrui, des écosystèmes…" Les projets "Avec FREE HUMAN ZOO, nous avons un projet de double album : No Wind Tonight… Si je réussis à trouver une production dédiée, j’espère pouvoir le mettre en chantier en 2017. J’ai également hâte de pouvoir "remettre sur les rails" notre autre groupe, plus acoustique, ODYSSEE ÔM, avec, entre autres, Laurent (Skoczek), Joce Mienniel, Emmanuel Guerrero, Samy Thiébault, ainsi qu'une nouvelle formule plus spécifiquement jazzy et qui s'intitulerait POE (Peace On Earth)." Trois vœux… Amour pour tous. Paix pour tous. Excellente année 2017 à tous !...




Jazz A Babord, Improjazz - par Bob Hatteau, 25/02/2017


En 2011, le batteur Gilles Le Rest et le tromboniste Laurent Skoczek montent FREE HUMAN ZOO. Dans la foulée, Patrice Kornheiser (piano), Nicolas Feuger (basse) et Samy Thiébault (saxophone ténor et flûte) rejoignent le duo. En 2014, FREE HUMAN ZOO enregistre Aïki Dõ RéMy, avec Gildas Martin à la guitare. C’est également en 2014 que Dan Decrauze intègre le quintet. Avec l’aide de l’ingénieur du son Marcus Linon, FREE HUMAN ZOO enregistre "Freedom, Now !" au Kramus Deluxe Studio entre 2014 et 2016. Le disque sort chez Ex-Tension Records en 2016. A l’instar des groupes de rock – ou de Magma, influence avérée – FREE HUMAN ZOO s’est doté d’un logo : dans un style bande dessinée, un grand cerf, entouré d’un lion, d’un perroquet, d’un écureuil, d’un tigre et d’un chimpanzé, semble sortir de la tête d’un homme ! Les hommes, les animaux et la liberté… Poésie et onirisme s’invitent également dans l’univers du combo. Quant au sous-titre de "Freedom Now !", il est explicite : « une aventure musicale de libération et d’émancipation ». Freedom Now ! est constitué de quatre suites : « Bokoroni », inspirée de l’interprétation d’un morceau traditionnel guinéen par le joueur de djembé Famoudou Konaté ; « Amour moteur, Matrice », un « hymne à la passion » ; « Aspettando la Primavera », dédiée à Aldo Romano ; « Maniacus », un hommage "à nos chers petits disparus"… Le Rest a composé les treize mouvements de ces suites. Riff de guitare entêtant, motif de basse minimaliste et sourd, batterie puissante et ambiance touffue : « Une nuit, cette Présence… » lorgne vers le Metal. Effet encore renforcé par le solo tranchant de Decrauze sur une rythmique toujours vive et dense. Puis, sur un rythme chaloupé des îles, Thiébault emmène « Danse de l’Ivresse, Corps et Esprit… » vers des rivages mainstream. La jolie « Valse ascensionnelle » permet à I’M’ de laisser libre cours à son sens mélodique, sur une walking et un chabada alertes. « Amour moteur, Matrice » s’ouvre sur des nappes de sons saturés qui ramènent « Magie d’un sourire… » vers des contrées rock. Le chorus d’I’M’ s’inscrit davantage dans une veine latine avec, toujours, un soutien luxuriant. « Rupture des temps, cassure du Temps… » porte bien son titre : la guitare s’emporte et l’atmosphère tourne à la fusion. Soucieux d’alterner les climats, le sextet fait danser « L’instant vient… », porté par les solos chantants du ténor puis du trombone, sur un ostinato du piano et des roulements secs et serrés de la batterie. I’M’ joue l’élégant « Aspettando… » avec une sonorité mi-métallique, mi-cristalline. Léger et vif, le groupe reprend en chœur le thème, puis le ténor déroule de belles phrases fluides, sur un accompagnement souple, fait de contre-chants et autres riffs. Avec ses boucles répétitives à la Steve Reich, « L’Horloge atemporelle » laisse le trombone s’exprimer dans un esprit entraînant, avant que, dans « Pluie, Vapeur, Sécheresse… », la guitare électrique ne rappelle que le rock progressif et la musique minimaliste ne sont jamais très loin… La quatrième suite, « Maniacus », commence par la « Marche des méchants… », un morceau inscrit dans la lignée de l’Ecole de Canterbury : la section rythmique gronde, avec une pointe de nervosité, le piano évoque Keith Tippett, les soufflants épaississent le décor, la guitare joue les héros… bientôt rejointe par le ténor. Ce premier mouvement se conclut sur un final psychédélique. Comme pour la « Valse ascensionnelle… », c’est à I’M’ d’exposer la « Valse des Enfants… », sur une ligne déliée de Feuger et un drumming alerte de Le Rest. Porté par le piano et la guitare, « Solitude… » revient au rock progressif qui, avec l’irruption des autres musiciens, fusionne avec la musique répétitive pour aboutir à « Des pleurs aux Rires… ». FREE HUMAN ZOO met du cœur à l’ouvrage : "Freedom Now !" respire cette joie de jouer et la musique est authentiquement originale.




Babyblaue Prog Rewiews (Germany) - par Karl-Heinz Heidenreich, 06/02/2017


Was für ein wunderbar leichtes, fast federndes Zeuhl-Album, das der französische Drummer und VANDER-Intimus Gilles Le Rest mit seinen wohl hauptsächlich im Jazz beheimateten Mitstreitern hier eingespielt hat, und es ist auch tatsächlich beim originären Label für diese dem Avantrock zugerechnete Spielart der zeitgenössischen Rockmusik erschienen, nämlich Christian Vanders eigenem Label Seventhrecords. Dabei gebärden sich die sechs Instrumentalisten in ihren vier zwischen 9 und 22 Minuten dauernden Stücken gar nicht so düster, schräg und schwerverdaulich, wie es in diesen Gefilden häufig vermutet und durch manche Protagonisten auch bestätigt wird. Gleich im hymnischen Auftakt Borokoni soliert Gitarrist Decrauze scheinbar völlig versunken vor sich hin, begleitet von den schwebenden Unisonolinien der beiden Bläser, bevor nach einem flotten Bläserstakkato das Piano im zweiten Teil des Songs swingend seinen Part zum jazzigen Charakter des Ganzen beiträgt. Über die ganze Länge der Scheibe werden die für Zeuhl typischen Bass/Schlagzeugmuster präsentiert, begleitet von den ebenfalls typischen stakkatoartig repetitiven Pianoakkorden, gekreuzt mit jazzaffinen Soli aller Instrumente - nur ein Schlagzeugsolo findet sich (Gott-sei-Dank) nicht - und so zeigt Kopf und Komponist Gilles Le Rest mit leichter Hand, wie man das Zeuhl-Genre tatsächlich auch auf den Jazzfestivals dieser Welt etablieren kann.




Citizen Jazz - par Denis Desassis, 05/02/2017


"Freedom, Now !", album "Elu Citizen Jazz 2017" On savait depuis la sortie de Aïki Dõ RéMy en 2014 [1] que les musiciens de FREE HUMAN ZOO avaient de bien belles histoires à raconter. On aimait chez eux leur capacité à évoluer en eaux musicales multicolores, sans que jamais leurs constructions n’aboutissent à un patchwork hétéroclite. Chacun était alors à même de découvrir une musique de brassage à haute teneur mélodique, ou plutôt un chant d’hybridation, mot cher au cœur de Gilles Le Rest, batteur et compositeur du groupe. Aussi, la parution de Freedom Now ! était vraiment attendue : la magie opérerait-elle une fois encore ? La réponse est oui, sans le moindre doute. Ce nouveau disque est composé de quatre longues suites (dont une dédiée à Aldo Romano) qui déroulent leurs fastes avec une grande fluidité. Pour peu qu’on soit sensible à un jazz-rock dont les couleurs approchent souvent celles de l’école de Canterbury ; que l’idée du rock progressif (qu’il vaudrait mieux qualifier de prospectif), celui des années 70, illustré en France par différentes formations dont Potemkine, parle toujours au cœur ; qu’on prenne du plaisir à se laisser enivrer par la grâce virevoltante du jazz de « My Favorite Things » par John Coltrane ; qu’on soit touché par la chaleur de mélodies ritournelles ; qu’on aime les musiques qui marient leurs influences avec la volonté affirmée de les enluminer, alors Freedom Now ! est une réponse parfaite à ces désirs mêlés. Dans un récent entretien, le leader de FREE HUMAN ZOO confiait : « C’est une petite musique, pas technicienne, mais la plus sincère possible. Elle est à la croisée des chemins, mais je n’analyse rien, c’est ce qui me vient… De petites histoires à trois francs six sous, qui continuent à m’asticoter les ouïes ». L’homme est ainsi, qui cultive un langage imagé et poétique. Comme sa musique. Et quand on évoque ses inspirations de compositeur, sa réponse est humble : « C’est vrai qu’on retrouve une multitude d’influences, au gré des ressentis et des narrations sonores à construire ensemble (le faiseur de sons n’étant rien sans l’auditeur !). Coltrane reste et demeurera toujours un incontournable, découvert en très grande partie grâce à Christian Vander ; Steve Reich, bien sûr, dont le Six Pianos ou Different Trains sont aussi de vrais points d’ancrage ; Ravel, Stravinsky et Debussy ne sont jamais très loin ; tout comme Led Zeppelin ou King Crimson ainsi que nos amis kobaïens [2], à l’orée du bois, évidemment… » La présence de Samy Thiébault au sein du groupe n’étonnera pas. Lui qui avait récemment fait acte de renaissance avec son Rebirth est un adepte du métissage et de la passion pour le chant des musiques. Son saxophone est ici à sa place naturelle, dans ce manège enchanté qu’est Freedom Now ! Tout comme le batteur, il sait cultiver l’émerveillement de l’enfance pour engendrer une musique habitée d’histoires empreintes de poésie réflexive. L’interprétation chaude du groupe, parfaitement mise en valeur par les arrangements signés Laurent Skoczek et Gilles Le Rest et par le travail sur le son de Marcus Linon, traduit la volonté collective de célébrer tant le corps que l’esprit. Ces sept-là sont assurément en état de grâce. De plus, on n’oubliera pas de souligner les qualités du drumming de Le Rest, dont le foisonnement exprime une joie profonde d’être en musique. On l’aura compris, Freedom Now ! est un disque de jouissance, dont la sincérité n’est jamais prise en défaut. Un double album doit être mis en chantier en 2017, avec une formation renouvelée mais un esprit inchangé. C’est une excellente nouvelle ! [1] Un EP paru chez Ex-Tension, le label de Francis et Stella Linon, disponible en version numérique uniquement. [2] C’est là une référence à l’influence exercée par la musique de Christian Vander et de Magma.




Jazz Magazine (n°691) - par Jean-Pierre Vidal, février 2017


Drivé de main de maître par le batteur-compositeur Gilles Le Rest, voilà une oeuvre en tout point collective, qui s'organise autour du piano de I'M', propice aux impeccables interventions du sax ténor de Samy Thiébault. FREE HUMAN ZOO défend une certaine idée du jazz made in France, avec ces compositions soignées à l'interprétation sans failles.




Couleurs Jazz - par Christian Grimauld et Jacques Pauper, 17/01/2017


Nous sommes dans un Jazz d’aujourd’hui, aux couleurs très rock, dans un Zoo qui rêve de liberté ! Les 13 morceaux de l’album sont présentés en 4 tableaux avec un hommage au percussionniste guinéen Famoudou Konaté, dans ”Borokoni”, un hymne à la passion voire à l’hybris dans le deuxième tableau “Amour moteur, Matrice“, puis une troisième saison printanière, “Aspettando la Primavera” hommage à Aldo Romano, pour finir par un tableau en mémoire “à nos chers petits disparus” : “Maniacus“. Emotion, groove, rythme, tension et lâché prise se croisent tout au long de cet album qu’il faudra bien se garder d’empailler, mais le jouer souvent. Le batteur, compositeur, percussionniste Gilles Le Rest, leader du groupe FREE HUMAN ZOO, nous parle de sa nouvelle création, “Freedom Now !” (après “Aïki Do Rémy” sorti en 2014) ... Gilles Le Rest : En 2011, FREE HUMAN ZOO est une aventure musicale qui s’est imposée à moi comme une évidence. Dès ce moment, les thèmes qui me venaient ne pouvaient plus être servis dans un contexte purement acoustique ou seulement jazzy, d’où l’envie très forte “d’entrer en hybridation” (“électrification”, mariage des styles et des genres), de creuser de nouvelles pistes. Encore une fois, ce n’était ni choisi, ni intellectualisé. Et si on ne trouve rien de bien révolutionnaire dans la musique que le groupe porte aujourd’hui, rien de très « technicien », nous nous attachons à y développer une énergie brute, sincère, sans fioriture, à y “raconter de petites histoires”, celle des gens, celle des écosystèmes, celle du vent et de l’eau. A travers les compositions, cet esprit narratif, “impressionniste”, reste central, nodal, comme un accompagnement, une invitation au voyage intérieur, mais aussi un tremplin vers l’Ailleurs. Je n’aurais jamais pu tenir dans la durée sans le soutien quotidien de mes compagnons en MusiqueS, celui des membres d’ ODUSSEIA, notre structure de production, et sans l’amical appui de Stella Vander, de Francis et Marcus Linon (Ex-Tension/Seventh Records, Kramus Deluxe Studio). Avec Laurent (Skoczek), nous écrivons les partitions dont nous avons besoin, tandis que Samy (Thiébault) m’aide à structurer la formation, à la maintenir dans une projection d’elle-même. Au-delà de leur lumineux talent, cet esprit d’équipe -sans lequel nous quittons le monde des possibles- reste fondamental, porteur de sens et nous sommes heureux de cultiver notre petit jardin coopératif. Un jardin ouvrier … Les zoos humains ne datent pas d’hier et de « l’exposition » des Amérindiens au XVIème siècle, à la « coloniale » de Paris en 1931, l’humain a toujours aimé exhiber son « dissemblable », en tout cas « l’autre » perçu comme tel, l’exposer comme une bête de foire (Saartjie Baartman, surnommée la « Vénus hottentote »), le plus souvent en le raillant. Cette « tradition » s’est révélée particulièrement tragique et humiliante entre la fin du XIXème siècle et la Seconde guerre mondiale, notamment en France (Jardin d’Acclimatation). Pour le groupe, manier aujourd’hui l’oxymore permet de louer la mémoire de tous ces gens au destin si particulier, tout en faisant la promotion de l’aspect toujours libérateur, émancipateur de l’œuvre d’art. J’ai la conviction profonde qu’au-dedans leurs « enclos », ces pauvres hères se seront « refait » du moral, en chantant et en jouant « librement » leurs musiques, comme en peignant ou en sculptant. Il est aujourd’hui le temps d’une libération générale : savoir se libérer des poncifs, des idées reçues ; savoir accueillir l’Autre tel qu’il est vraiment, et non pas tel qu’on voudrait qu’il soit ; savoir aussi se libérer soi-même de ses propres carcans. Vaste programme, me direz-vous ! Par ailleurs, le zoo est aussi et par excellence le lieu de la « monstration » des animaux. Pour nous tous, les 7,5 milliards d’humains, il est aussi venu ce temps d’un autre regard porté à nos colocataires terrestres, impliquant les notions de respect et de coexistence pacifique, de sauvegarde urgente dans de nombreux cas. En ce sens, la présence du panda du WWF a beaucoup de signification(s) pour moi, tout comme la symbolique de l’Arche de Noé, bien sûr." Comment traduire tout cela en musique ? "Certainement en tentant de cultiver la sincérité, l’énergie, la joie surtout, et en « mettant en scène » des personnages ou des occurrences qui nous auront fait progresser, je veux dire collectivement, et non l’inverse. Allant dans le même sens, nous serons tous d’accord pour dire que le Jazz aura été, est, et restera l’une des plus belles aventures d’émancipation humaine qui soient. Nous portons tous en nous, quelque mélopée « congo-squarienne », quelque rythme mandingue ou phrasé peul. Le Jazz, en offrant les clés de l’improvisation à tous, pour tous, rend le monde des possibles immensément riche et enthousiasmant, toujours dans le respect de la culture de chacune et de chacun. D’une complainte du fin fond d’un champ de coton, il est devenu cette sorte de langue commune que nous souhaitions tous, avant même celle des mots, non encore inventée. J’évoque le Jazz et tout ce qui en a découlé, bien sûr, sans ostracisme aucun. Aujourd’hui, toutes les musiques sincères sont étonnement palpitantes et enrichissantes, et j’invite les « jazzwomen and men » à s’auto-décloisonner, à se libérer au maximum (voir la programmation du Triton, aux Lilas, comme très bel exemple de brassage des genres), à fricoter avec l'altérité. Il ne s’agira jamais de s’y annihiler soi-même (Debussy et Ravel sont omniprésents à mes oreilles), mais de s’y sublimer. John Coltrane a compris cela bien avant nous, relayé par des gens qui auront beaucoup œuvré à ce qu’il soit reconnu pour ce qu’il était : quelqu’un « en avant », dans le Nouveau. Au moment où "A Love Supreme" est sorti, qui défendait le disque ? Aujourd’hui, lorsque j’entends Jazz, j’entends Energie, Partage, Profondeur et Joie. L’hybridation, le métissage, ces lignes de force que nous nous efforçons de promouvoir, tout cela tient en une phrase : « il faut plusieurs couleurs pour que l’arc-en-ciel embrase la Terre ». Ce n’est jamais se trahir que de tenter de magnifier la pluralité des teintes, des pigments, des approches, et il est vrai que de ce point de vue, la décennie des 70’ reste face à nous comme un marqueur des temps. Elle nous inspire beaucoup, vous en conviendrez ! Mais la musique est aussi un artisanat de tous les instants ; elle se fabrique au quotidien, se pratique de jour comme de nuit, et le groupe souffre aujourd’hui de ne pas pouvoir s’exprimer plus que cela. J’espère que 2017 sera pour le FREE HUMAN ZOO l’occasion de jouer davantage sur scène, de faire entendre sa modeste voix, tout comme il sera aussi le temps de mettre en chantier notre prochain album, « No Wind Tonight … » un opus articulé autour d’une très longue pièce (pardon d’avance…), « BAB’Y ». Et si l’improvisation reste la colonne dorsale de notre approche, notre petite musique n’y demeurera pas moins écrite. Aux côtés de Laurent Skoczek (trombone et trombone arrangé) et Samy Thiébault (saxophone ténor et flûte) -précités-, le groupe est conduit par un très surprenant bassiste, Nicolas Feuger, un très chaloupant pianiste, Emmanuel Guerrero et un très stimulant guitariste, Matthieu Rosso. En tant que batteur, je suis fort aise d’être si bien entouré, tout comme je me félicite chaque jour d’avoir rencontré des compagnons toujours prompts à cette recherche esthétique commune. Sur « Freedom Now ! », c’est Dan Decrauze qui aura enregistré toutes les très belles parties guitare de l’album, alors que les claviers y auront été tenus par « I’M », un pianiste tonique et inspiré."




Euro-Rock Press/Japon - par Shigetoshi Miyamoto, 16/12/2016


J’ai trouvé un groupe français qui est plein de promesse(s) ! Voici le premier album d’un groupe formé en 2010, par un batteur et un tromboniste (un mini album d'un long morceau en quatre mouvements étant sorti en 2014). Le nom du groupe et l’illustration sur la pochette m’avaient fait imaginer une musique un peu plus "pondérée", mais dès que je l’ai écoutée, j’ai trouvé dans cette musique quelque chose de remarquable. Batteur, bassiste, guitariste, claviériste, saxophoniste et tromboniste, les six musiciens du FREE HUMAN ZOO déroulent des riffs profonds et rapides (même si l'ambiance générale y reste plutôt "cool"). Les soli, que tout le monde déploie tour à tour, sont de bon goût ! Les quatre thèmes principaux sont des suites écrites par le batteur, épicentre du groupe, et se développent avec rebonds. Cela me fait agréablement penser à l'inspiration présente dans les trois premiers albums de CHICAGO. Les quelques longueurs qui apparaissent de temps à autre seront à mettre au compte de l'élan de la jeunesse ! J’ai le pressentiment que ce groupe va se développer en puissance, avec l'expérience et l'inspiration en soutien.




Exclusive Magazine/USA - by Anne Carlini, 28/11/2016


For those not in the know, Free Human Zoo (Laurent Skoczek, Samy Thiébault, Nico Feuger, Emmanuel Guerrero, "I'M", Dan Decrauze, Matthieu Rosso and Gilles Le Rest) are a French ensemble whose music combines the elements of Jazz, Rock, Jazz-Rock, Pop, Prog, Folk, and so much more. Their new album is entitled Freedom, Now! is a 4-track collection of songs that are both emotional and sensitive, whilst at the same time both void of grounding and chock full of immense free spirit. The fun, upbeat "Borokoni" is up first, and wow, they immediately grab you, wanting you up on your feet. I mean, if the chords had arms they would be swinging you in jazz / prog moves around the room! The more precise, thoughtful "Amour moteur, Matrice" is next and showcases exactly what this highly talented ensemble can do. "Aspettando la Primavera" turns the heat down somewhat, and ebbs and flows in a most beautiful, delicate even style. The last track is "Maniacus", a cut that seems to follow the traits of how improvisational jam sessions come to be. With dynamic peaks and troughs throughout, it's yet another highlight of this incredible album from Free Human Zoo.




Entre les lignes entre les mots, par Nicolas Béniès, 22/11/2016


(Le Monde Diplomatique, US Mag, Publications du SNES) Une musique émancipée ? Un groupe qui s’appelle « FREE HUMAN ZOO » et qui se permet de pratiquer l’oxymore : un zoo en liberté est-ce un zoo ? Est-on en liberté dans un zoo ? ne peut pas être fondamentalement mauvais ou alors il n’y a plus de morale. Qui intitule son album « Freedom, Now ! » comme une référence à Max Roach et à son album Candid des années 1960 affichant cette revendication qui s’inscrit dans le combat général pour l’émancipation, se doit de composer une musique à cette hauteur. Une hauteur d’homme pour raconter des « petites » histoires qui ne font pas forcément la grande mais savent parler des émotions. Quatre suites se partagent cet album, dédié à un instrument, à la passion, à Aldo Romano – ce printemps que tout le monde se devrait de connaître – et « à nos chers petits disparus » pour embarquer l’auditeur dans un voyage dans toutes les musiques, entre rock et jazz principalement sans éviter les autres pour les inclure dans un maelström qui vise à briser les cloisons habituelles, à éviter le catalogue et la mise dans des cases. Une musique mécanique quelque fois comme une évocation de Carla Bley ou des baloches d’antan. Une musique ouverte sur le monde, un monde en train de basculer qui devrait autoriser toutes les expérimentations y compris les plus folles. Le risque de rater le coche est, de nos jours, de plus en difficile et la création de plus en plus risquée. L’élection de Trump montre que les forces du passé, les forces obscurantistes ont de beaux jours devant elles. Il faut avoir de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace disait déjà Danton. Nous en avons besoin pour dépasser le passé décomposé et recomposé qui envahit un peu trop notre espace vital. Cette musique informelle – appelons la comme ça pour suivre la recommandation d’Adorno – est, peut-être la musique de notre temps, un temps qui permet aux souvenirs du passé de construire une architecture du futur. Gilles Le Rest a voulu inscrire ses compositions dans un mouvement qui se veut d’émancipation et d’hybridation, suivant ses propres termes. Pas toujours réussi c’est entendu mais toujours énergique et convaincu. Son jeu de batterie étant à l’image de sa propre musique. Samy Thiebault en est le saxophoniste – il n’est plus un inconnu, il a signé quelques albums -, Dan Decrauze, le guitariste qui ne craint même pas les clichés pour évoquer des images rêvées, Laurent Skoczek, le tromboniste pour attirer vers d’autres musiques encore, I’M’, le pianiste et le claviériste pour ancrer dans une sorte de tradition bâtarde le groupe, Nicolas Feuger, le bassiste et le maître d’un beat évolutif. De quoi bouger sur des rythmes entremêlés qui donnent la possibilité au corps et au cerveau de construire une danse originale.




Notes de Jazz - par Michel Arcens, 30/09/2016


"Il y a ici, disons-le tout de suite, quelques belles surprises. « Surprises », parce que je ne savais rien de ce projet bien que (si je m’étais informé j’aurais pu le savoir, FREE HUMAN ZOO avait sorti un premier enregistrement en 2014) jusqu’à ce qu’il arrive jusqu’à moi sous la forme d’un courrier qui pour être, et c’est bien normal, promotionnel était cependant rédigé avec une sorte d’humanité assez rare dans ce domaine. Cela peut d’ailleurs présager du meilleur mais aussi parfois… enfin, pas toujours. Eh bien, Freedom, Now ! est une belle réussite elle aussi. Elle est probablement due à l’inventivité et à l’imagination généreuse de Gilles Le Rest (batteur, percussionniste, vocaliste et compositeur). Il est entouré notamment de Samy Thiebault (st, fl) et d’excellents guitaristes (Matthieu Rosso et sur le titre éponyme Dan Decrauze). On doit souligner aussi le talent de tous les musiciens de ce groupe et notamment celui du tromboniste et arrangeur Laurent Skoczek. Tout cela est assez vivifiant, réjouissant, audacieux : en un mot on pourrait dire vivant. Est-ce à dire « libre » ? Assurément !"




La Croix - par Yann Mens, 30/09/2016


"Le jazz et le rock se fréquentent depuis des lustres, mais ne font pas toujours bon ménage. Le premier goûte les chemins de traverse et les parcours imprévus, le second aime foncer sans retenue. Pas facile de faire cohabiter ces tempéraments-là, mais quand ça marche, quand les larrons s’entendent, le résultat est réjouissant à l’instar de ce Freedom Now ! Le nouvel opus du sextet français FREE HUMAN ZOO est composé d’une série de tableaux aux noms improbables qui semblent tout droit sortis d’une bande dessinée et où sans cesse, l’attention est attirée par un nouveau rebondissement. La tonalité particulière du groupe, emmené par le batteur Gilles Le Rest, tient en large part au mélange réussi entre saxophone, trombone et une guitare électrique aux longs traits qui déménagent. Un album à écouter en chaloupant d’aise."




Républicain Lorrain, par Nadine Gallina





Jazz Reviews/USA, Bird is the Worm/USA by Dave Sumner, juin 2014


I’m not gonna have much for you on this one, but I’ve been captivated by "Aïki Do Rémy", the debut EP of Free Human Zoo, and so I wanted to get in a quick mention of it. This music is highly melodic, and switches between expressions of moody contemplation and joyful unrestrained motion. Very much a jazz-rock blend, with perhaps the influence of the latter being the stronger of the two. The album opens with “Cœur Céleste,” a song that maintains an urgency even in the presence of melodic trombone purrs and saxophone sighs. “Corps Léger” opens with a joyful bounce that saxophones and guitar flutter and dart above. An up-tempo song that offers up rich textural rhythms, and meshes influences not that far removed from the exhilarating work of fellow country-person Anne Paceo and her outstanding album Yôkaï. “Doute” begins with introspection, but then shifts into a higher gear, and the melody shows its able to operate at any speed. They build with repetition, slowly, and with a purposeful direction that leads right into the album’s final tune “Danse Circusséenne,” which uses the repetitive pattern of the previous song as a launching pad into something far more dynamic rhythmically. The song’s cheerful demeanor gives it license to tinker with the melody, expressing it with a kaleidoscopic motion that renders a thrilling conclusion to this captivating album.




Citizen Jazz - par Denis Desassis, 27 janvier 2019


Il n’est un secret pour personne qu’en 50 ans, Magma aura essaimé, tout au long d’une existence parfois controversée mais toujours exaltée… Nombreux sont les groupes qui, confondant parfois fond et forme, ont revendiqué l’héritage d’un musicien tel que Christian Vander. Mais voilà : il ne suffit pas d’asséner une rythmique martiale et de faire gronder les basses pour se voir décerner le blason « Zeuhl ». Le batteur démiurge n’est d’ailleurs pas le dernier à repousser d’un coup de baguette des tentatives qu’il considère comme exogènes, voire nulles et non avenues… Il arrive cependant qu’une formation parvienne à se glisser avec bonheur dans le sillage kobaïen, donnant à entendre un langage propre et en même temps héritier de cette matrice aux accents opératiques. À l’évidence, Free Human Zoo est de celles-là. Et le fait que No "Wind Tonight...", son nouveau disque, double de surcroît, soit publié chez Ex-Tension Records, le label dirigé par Stella Vander et Francis Linon, est un bon indice d’une filiation avérée. Dont acte ! Mais ce ne serait pas rendre justice à Gilles Le Rest - compositeur et batteur du groupe, musicien délicieusement illuminé dont la sémantique échevelée est toujours source d’étonnement - que de s’en tenir là. Si, d’un point de vue musical, FHZ peut être perçu comme une hybridation entre la rythmique obsédante et sombre d’une composition telle que « Theusz Hamtaahk » avec la poésie pacifiée de « Félicité Thösz » [1] - l’écoute de la longue suite « Bab’Y » qui occupe tout le premier disque est suffisante pour s’en rendre compte - son univers est bien distinct, néanmoins. Parce que beaucoup plus solaire. C’est un peu comme si la face à peine cachée de la planète Kobaïa était éclairée pour de bon : elle serait plutôt douce à vivre, pétrie du souvenir de nos anciens, ceux qui se sont battus pour que le monde continue vaille que vaille, et toujours porteuse d’espoir. C’est l’idée que de l’ombre jaillira forcément un jour la lumière. C’est aussi la marque profonde de l’enfance, une source d’émerveillement qu’il faut à tout prix préserver et faire durer autant que faire se peut. Nous avions insisté sur les qualités de Free Human Zoo il y a deux ans maintenant, lors la parution de Freedom Now !. On les retrouve ici aujourd’hui, intactes, portées par un groupe remanié : Matthieu Rosso (guitare) et Emmanuel Guerrero(piano) sont les nouveaux venus, aux côtés du leader et de son complice Laurent Skoczek (tromboniste et co-arrangeur du répertoire). On n’oubliera pas, bien sûr, la basse essentielle de Nicolas Feuger dans cette histoire et le saxophoniste sensible qu’est Samy Thiébault. Et parce qu’une telle fête n’est jamais assez belle, plusieurs invités viennent ajouter leurs couleurs : parmi eux, on pourra mentionner Jocelyn Mienniel dont la flûte – qu’on nous pardonne ce vilain mot – est comme toujours enchantée. "No Wind Tonight..." se présente sous la forme de quatre compositions : la longue suite « Bab’Y », haletante de bout en bout et qui à elle seule aurait suffi à faire un disque, est un hommage aux survivants du massacre de Babi Yar [2]. L’obsession rythmique du batteur, sans relâche durant 44 minutes, est habitée par cette évocation douloureuse et ses partenaires sont comme emportés par la force du propos, une puissance que le groupe habille paradoxalement de légèreté, qui est sans doute celle de l’espoir. Changement d’ambiance avec une autre longue suite virevoltante, « Curritur Ad Vocem », inspirée d’un traditionnel médiéval, qui trouve son origine dans la série dite des « Carmina Burana ». C’est l’occasion aussi d’entendre une voix, celle de la soprano Camille Fritsch, et de découvrir un Free Human Zoo abordant volontiers des rivages plus jazz, un langage dont on sait qu’Emmanuel Guerrero, Jocelyn Mienniel et Samy Thiébault le parlent couramment. Le groupe démontre alors qu’il n’est pas seulement le « fils spirituel de » ; il bondit sous les coups d’éclat en forme de joutes du trombone, du saxophone ou de la guitare. Chaque musicien prend part à une danse qui est celle de la lumière. Deux autres compositions, plus courtes, s’offrent en conclusion de "No Wind Tonight..." : « Talitha Koum », d’abord hantée par la basse de Nicolas Feuger. Voilà bien un témoignage supplémentaire de la capacité du groupe à sortir du cadre magmaïen en invoquant une musique dont les échappées vous emmènent vers d’autres contrées, celles d’un bop joyeux et syncopé. Apaisement, enfin, avec « No Wind Tonight », ballade en forme de recueillement acoustique dont les nuances dominantes sont celles du piano et du saxophone. C’est la fin du voyage. Trop court, forcément… "No Wind Tonight..." est un disque chaleureux, terriblement humain, rêveur et obstiné. S’il se situe hors du temps, sa persistance est nourrie par une émotion née de l’instant présent, qui ne se dément pas au fil des écoutes. L’année 2019 commence bien, au moins du côté de la musique… Free Human Zoo a bien raison de croire à son « aventure musicale de libération et d’émancipation ». Élevons les cœurs, comme dirait l’autre !




Notes de Jazz - par Michel Arcens, 23 février 2019


"Qui pourrait croire qu’il s’agit ici davantage de « jazz » que dans les « notes » qui précèdent? Celui-ci se tromperait assurément. A moins, à moins que l’on sache ce qu’il y a de « dérangé » dans le jazz depuis l’origine, même si beaucoup se sont bouché les oreilles et que d’autres ne les ont pas davantage entendues, ces inventions tordues des cortèges funèbres de la Nouvelle-Orléans ou du vieux Louis. Et, si l’on parle d’un drôle d’oiseau, d’Albert, d’Ornette, de Sun, de Trane mais aussi d’autres, beaucoup d’autres, dont les inventions et l’audace ne s’entendent pas de la même manière, osera-t-on ériger des barrières, poser des définitions, défendre les chapelles ainsi érigées? Et continuer à « aimer le jazz »? Avec Free Human Zoo dont les « notes – pourtant – de jazz » avaient déjà loué « Freedom, Now ! » il y a deux ou trois ans on n’est jamais sûr de rien. Et ici pas davantage avec ce double album « No Wind Tonight » (Odusseia production/Ex-Tension-Seventh Records). C’est cela qui nous emballe : on s’attend plus ou moins à quelque chose et ce n’est pas du tout ça. Alors abandonnons : l’indescriptible est ainsi et doit le demeurer. Mais enfin, pour en dire quand même un peu plus, on a affaire à une formation exceptionnelle. Parce qu’elle a quelque chose (si on peut oser une comparaison, en tout cas non pas une source d’inspiration sans doute, mais peut-être une analogie ou un parallèle) d’un groupe de Charles Mingus. En ceci que les formations du contrebassiste faites de quatre, cinq ou six musiciens sonnaient souvent comme des big bands en furie. Gilles Le Rest (dr, composition, arrangements), Samy Thiébault (ts), Manu Guerrero (p, claviers), Matthieu Rosso (g), Nicolas Feuger (b), Laurent Skoczek (tb, arrangements, écriture) et leurs invités : Camille Fritsch (voc), Jocelyn Mienniel (fl traversière), Bruno Ortega (fl à bec basse) et Jonathan edo (perc) sonnent en effet comme un big band. Et c’est ainsi qu’ils nous offrent des couleurs inimaginables sans eux, des rythmes entreprenants auxquels on ne peut échapper."




Big Bang Magazine n°105 - par Henri Vaugrand, février 2019


"Si le rock progressif a bien ses origines européennes dans la musique classique, comme le prétendait Keith Emerson et si, au-delà même, il est un assemblage parfois hétéroclite, scrupuleusement structuré d’influences psychédéliques, folk, jazz, spatiales et expérimentales, alors la musique proposée par le FREE HUMAN ZOO fait certainement partie de la famille. Pourtant, les musiciens évoluant aux limites du jazz et des influences classiques ont quelques difficultés à se faire accepter dans le giron. Que ce soit la Zeuhl, la Canterbury, certaines formes de RIO ou des groupes puisant dans les influences de la musique traditionnelle, leur apport essentiel n’est pas toujours reconnu à sa juste valeur. Il n’est qu’à observer chez nous la réception des Magma, Moving Gelatines Plates, Jack Dupon et autres Minimum Vital pour s’en convaincre. Sans vouloir rentrer dans le sempiternel débat sur la définition du genre, il paraît toujours nécessaire de défendre la possibilité d’une acception “progressiste” de la musique que nous aimons. FREE HUMAN ZOO est, je le crois, de cette approche-là. Autant vous dire que « No Wind Tonight... » ne rentrera pas dans les “charts”. En même temps, avec le long titre du premier CD, “ Bab’Y, Le Ravin De La Grand-Mère”, qui forme un ensemble divisé en onze mouvements, nous ne serons pas surpris. D’entrée, c’est à Magma et à la musique Zeuhl que l’on peut penser. Boucles répétitives et variations des différents solistes sur celle-ci. Il faut dire que le sextet a des arguments avec piano, sax ténor, et trombone. Les interventions de la guitare de Matthieu Rosso sont particulièrement appréciables (“Die Fröhlichen Kameraden”, quatrième mouvement de “Bab’Y”, “Forces Vitales”, deuxième mouvement de “The Yar”). Il faut également constater que la musique composée par Gilles Le Rest - qui assure ici batterie et percussions - n’est pas figée, faisant feu de tout bois, laissant l’occasion à chaque musicien de s’exprimer sans démonstration égocentrique excessive, puisant dans une gamme étendue d’influences (je ne citerai que Debussy, Satie et Stravinsky pour le classique, Magma, Mahavishnu Orchestra, John Coltrane, Elvin Jones pour le reste). Et forcément, sous l’impulsion de Le Rest et du bassiste et contrebassiste Nicolas Feuger, ça groove sacrément chez nos Franciliens ! Bref, on se trouve bien dans ce que j’avais qualifié, à la sortie de « Freedom, Now ! », de JIO (Jazz-rock In Opposition). La surprise vient plutôt du second CD, où le folklore médiéval se déploie, impulsé par ce démarrage à la guimbarde de Gilles et les percussions de l’invité Jonathan Edo. Dédié aux œuvres du compositeur et flûtiste autrichien René Clemencic et du luthiste américain Joel Cohen, c’est joyeusement interprété, tout au long des cinq mouvements de “ Curritur Ad Vocem” (et ses 24:46), et chanté, en latin de surcroît, par la soprano Camille Fritsch ! Ajoutez-y les flûtes de Jocelyn Mienniel et Bruno Ortega, et vous avez l’expression d’une musique certes folklorique pour l’essentiel mais néanmoins savante et du plus bel effet (la seconde partie, “Sursum Corda !”, distille de beaux échanges entre le trombone de Laurent Skoczek, le saxophone de Samy Thiebault et la guitare de Matthieu Rosso), avec ses digressions et sa superbe et folle coda (“Acta Est Fabula”).
Talilha Koum” qui suit est plus classiquement jazz influence Coltrane - dans son essence et vaut notamment par les mélodies déployées par la basse de Nicolas Feuger. “ No Wind Tonight...” vient conclure logiquement et avec une belle couleur jazzy cette seconde galette, avec les agréables volutes du piano d’Emmanuel Guerrero pour l’animer, le tout en hommage au percussionniste et compositeur français Stanislas Georges Paczynski. Avec « No Wind Tonight... », FREE HUMAN ZOO poursuit son défrichage iconoclaste et libertaire, et s’installe doucement dans un paysage où la surprise se dévoile à chaque sortie de virage. Bien composé, l’ensemble a été subtilement appréhendé et intégré par chacun des musiciens pour en faire une production solide et inventive, ouvrant à la rêverie, la réflexion et l’émancipation." Henri VAUGRAND




Prog Critique - par Gabriel Badelier, mars 2019


Free Human Zoo publie son nouvel ouvrage, « No Wind Tonight… », un double album qui fait suite au "Freedom, Now !" paru en 2017. Gilles Le Rest, principal compositeur et batteur du groupe, est toujours aux commandes, mais appuyé par des nouveaux venus, Matthieu Rosso (guitare) et Emmanuel Guerrero (piano). Les anciens musiciens sont aussi bien présents : Laurent Skoczek (trombone), Nicolas Feuger (basse) et Samy Thiébault (saxophone). Ce « No Wind Tonight… » propose sur le premier CD une suite nommée "Bab’Y" - le ravin de la grand-mère, qui se décline en onze plages et rend hommage aux survivants du massacre de Babi Yar (le plus grand massacre de la Shoah par balles mené par les Einsatzgruppen en URSS, les 29 et 30 septembre 1941). Dans un autre registre, le deuxième CD met en avant une pièce à tiroirs dont l’origine trouve son essence dans celle du patrimoine médiéval d’Europe occidentale (XIIIème siècle), « Curritur Ad Vocem », et présente dans l’œuvre des « Carmina Burana » . Pour conclure ce coffret déjà bien rempli, deux morceaux « Talitha Koum » et le titre éponyme « No Wind Tonight » prennent place en fin de galette. Free Human Zoo évolue dans un univers musical fusionnel (jazz, rock et prog) et telle une secousse tellurique, provoquée par la gravité du thème, la suite épique « Bab’Y » déverse ses notes incandescentes et illuminées. La musique de Gilles crache une avalanche de rythmes syncopés mais aussi des lignes musicales où apparaissent entre deux éclaircies, les noirceurs terrifiantes de nos âmes. Il faut dire que le sujet s’y prête et que le batteur s’en donne à cœur joie, mais pas seulement, car au centre de ce déluge est palpable une mélancolie qui ravive la bienveillance. Deuxième ensemble de titres, « Curritur Ad Vocem » aborde le côté jazz de la formation et le résultat ne se fera pas attendre, tant les lignes mélodiques développées dans les cinq plages sont une bénédiction pour les amateurs d’ambiances enlevées et capiteuses. Le chant de la soprano Camille Fritsch apportant avec parcimonie, une touche baroque à la pièce chantée de cette suite. En dehors de la fusion débridée des genres, Free Human Zoo s’est servi d’un héritage jazz naturel et classique pour enjoliver sa musique sur les deux derniers titres « Talitha Koum » et « No Wind Tonight… ». Chaque morceau est pénétré d’une atmosphère exclusive, bénéficiant d’un style plus fluide, mais toujours avec cette volonté de construire des mélodies inventives et hors du temps. Un point final qui donne une orientation et une conclusion plutôt sereine à ce « No Wind Tonight… » . Un opus qui transpire d’une émotion sincère et talentueuse et qui s’adresse à un public amateur de belles sensations !




Batteur Magazine - par Thierry Menu, avril 2019





Le Souffle Bleu - par Nicolas Béniès, 6 avril 2019


« Free Human Zoo » est un drôle de nom, pour un groupe qui arrive à fêter -pourtant- son troisième album. Un oxymore, qui veut faire d’un Zoo un endroit de liberté, comme une représentation d’un gouvernement qui sait faire face à des populations ignorantes, parquées. La libération est devant nous. Elle se construit aussi dans l’imaginaire.
« No Wind Tonight » est le titre générique de ce double album, pour deux suites et 4 voyages, proposés par Samy Thiébault, saxo ténor, Laurent Skoczek, trombone, Manu Guerrero, piano, claviers, Matthieu Rosso, guitares, Nicolas Feuger, basse, contrebasse, Gilles Le Rest batterie, et quelques invité-e-s. "Pas de vent ce soir", pour un amalgame de combinaisons puisées dans le jazz - les riffs et la pulsation notamment -, le rock, mais aussi les chants du Moyen Âge, les musiques Klezmer, des comptines. Comme une référence à ces cultures du passé, à d’autres mondes, dont le présent peut se nourrir pour rêver ailleurs, rêver de solidarité, de fraternité et de sororité.
Les volutes de toutes ces musiques sont prégnantes, faute de vents pour les dissiper, pour les envoyer vers d’autres cieux. Les collages sont tenaces. La danse les fait tenir. Une musique de la transe en résulte, pour rétrécir les frontières et projeter les corps dans une autre dimension.
Nicolas Béniès.
« No Wind Tonight », Free Human Zoo, Odusseia production/Ex-tension-seventh Records.




Jazz A Babord - par Bob Hatteau, 24 mai 2019


La joyeuse bande de déjantés du batteur Gilles Le Rest est de retour avec un double-album dense : "No Wind Tonight ...". Le sextet est toujours composé de Laurent Skoczek au trombone, et co-fondateur de Free Human Zoo, Samy Thiébault au saxophone ténor, Matthieu Rosso à la guitare et Nicolas Feuger à la basse. Seul changement : Emmanuel Guerrero remplace Patrice Kornheiser au piano. Pour étoffer sa palette sonore, Free Human Zoo invite La chanteuse Camille Fritsch, les flûtistes Joce Mienniel et Bruno Ortega, ainsi que le percussionniste Jonathan Edo. Les morceaux ont été composés par Le Rest (avec un emprunt à un thème traditionnel du XIIIe) et les arrangements co-écrits avec Skoczek. Sur le premier disque, « Bab’Y », ou « le ravin de la grand-mère », est une suite en onze mouvements en mémoire aux victimes de la seconde guerre mondiale. Le deuxième disque s’articule autour de trois morceaux : « Curritur ad Vocem », pièce en cinq parties, hommage au pionnier de la redécouverte de la musique médiévale, René Clemencic, et à Joel Cohen, autre spécialiste des musiques du Moyen-âge et instigateur de la fête de la musique ; « Talitha Koum » (« jeune fille : lève-toi ») s’inspire de la phrase symbolique que Jésus prononce lorsqu’il ressuscite une fillette de douze ans ; « No Wind Tonight… » est dédié au batteur et pédagogue Georges Paczynski. L’enregistrement a été réalisé au Studio Sextan – La Fonderie, à Malakoff, par Vincent Mahey. Quant à la pochette du disque, toujours aussi ethnique et animalière que celle de "Freedom Now !", elle est encore signée Gérald Nimal. Le livret concocté par Le Rest propose de nombreuses illustrations – clichés de femmes et d’enfants pris pendant la deuxième guerre mondiale, miniatures extraites du Codex Manesse, photos des musiciens de Jeff Humbert… –, des citations tirées de témoignages de l’holocauste, mais aussi des poèmes et extraits d’œuvres d’Hanna Dallos, Anne van Kakerken, Pierre Rabhi, François Cheng… « Bab’Y » démarre en force et majesté avec un « Prologue » touffu, porté par la batterie et la guitare. Dans « Barbarossa », les boucles du piano accompagnées des riffs des soufflants et de la guitare évoluent progressivement, dans une ambiance tantôt minimaliste hypnotique, tantôt luxuriante répétitive, soutenue par une basse et une batterie musclées. Comme son titre l’indique, « Klezmer Volutes » s’inspire de la musique des Juifs ashkénazes : le trombone et le saxophone répondent aux traits mélodiques de la guitare, sur une pulsation toujours robuste et entraînante. La ronde « Die fröhlichen Kameraden » se développe sur rythmique vigoureuse, une guitare en mode guitar hero et un trombone mélodieux. « Pitchipoï » s’oriente vers un funk dansant, animé par Thiébault et des dialogues savoureux avec Skoczek et Rosso. Un leitmotiv du piano, un foisonnement rythmique, des superpositions des voix, une tourneries de la flûte et de la guitare… constituent les ingrédients joyeux et énergiques de « L’espoir au cœur », qui porte bien son nom. Retour à un funk sous influence rock pour « The Yar », avec des ostinatos, chœurs des soufflants, effets électro de la guitare, solo coloré du piano, riffs entêtants de la basse et frappes mates et sèches de la batterie… Le piano et la flûte exposent « My Little African Doll », mélodie touchante qui part rapidement sur des sentiers africains, emmenée par une polyrythmie enjouée, un trombone expressif, une flûte démonstrative, un piano lyrique et des chœurs en contrepoints. « Revoir l’Aurore » s’articule autour de questions-réponses véloces, de motifs sourds et de roulements rapides. Avec « Forces vitales », l’ambiance tourne au hard-bop funky, ascendant rock quand la guitare entre en jeu. Après un solo virtuose de Rosso, Skoczek et Thiébault prennent la suite dans une même veine, sur un accompagnement dense et répétitif. « Bab’y » s’achève sur un « Epilogue » plus calme, marqué par le motif lancinant du piano, la batterie emphatique et la basse grondante. Le deuxième disque commence par « Curritur ad Vocem », courte suite en cinq tableaux. La première danse sort tout droit du Moyen-Âge : chant cadencé de Fritsch, bourdon, unissons, rythmes sautillant et envolées de Mienniel. Autre époque avec le deuxième mouvement, davantage inscrit dans une lignée hard-bop funky, avec son thème-riff brillant, sur un motif rapide du piano, des roulements serrés de la batterie et les boucles nerveuses de la basse. Le chorus de guitare est pimenté de rock, tandis que le saxophone ténor part dans des phrases sinueuses et virevoltantes. Retour à la voix et au piano pour une brève transition, avant que le trombone ne s’envole dans un chorus ébouriffant sur une rythmique grondante. Le tableau suivant reste dans un hard-bop sur-vitaminé : ligne de basse running, roulements vifs de la batterie, avec passages en chabada, et discours fonceurs du trombone et de la guitare. Au milieu du morceau, le rock fait surface avec un saxophone hurleur et une guitar hero... « Curritur ad Vocem » se conclut sur des formules mélodieuses de la basse, des phrases placides du piano, une batterie imposante, une guitare lointaine et un ténor réverbéré en arrière-plan… Mais ce n’est que le calme avant la tempête ! Le morceau se transforme brutalement en une ronde folklorique luxuriante, avec la flûte qui se mêle au chant et autres cris… dans une atmosphère de foire médiévale ! Changement de décor avec « Talitha Koum » : du médiéval au post bop. Après une introduction de Le Rest à base de frisés secs, sur une ligne sourde et rapide de Feuger et un ostinato de Guerrero, les soufflants jouent des phrases courtes, puis le piano déroule le thème dans un esprit rock – funk. Le deuxième volet du morceau s’apparente davantage à une comptine (le motif du piano) avec des solos chantants du trombone et de la basse. La conclusion revient à du hard-bop, poussée par un saxophone ténor et un piano en verve, encouragés par une rythmique trapue. Le morceau-titre, « No Wind Tonight … », débute par un trio majestueux, mais s’engage rapidement sur un chemin mainstream : stimulé par une walking parsemée de schuffle et un chabada sorti de derrière les fagots, le ténor déroule des phrases inspirées et convaincantes sur les accords élégants du piano, qui reste dans le même sillon, avec de jolis contrepoints entre la main droite et la main gauche. Sur les traces d’ "Aïki Dõ RéMy" (2014) et de "Freedom, Now !" (2016), la musique de "No Wind Tonight ..." crépite de mille feux, enflammée par une fusion détonante de jazz, funk, rock, folk et musique ancienne !




Interview de Gilles Le Rest, par Henri Vaugrand, Big Bang Mag n° 105, 2019


Le « Zoo des Humains Libres » (appréciez l’oxymore) sort en 2019 son troisième et double album, « No Wind Tonight … ». Après l’EP « Aïki Dõ Rémy » en 2014 et un excellent « Freedom, Now ! » en 2016, FREE HUMAN ZOO poursuit son « aventure instrumentale libératrice et polychrome », faisant fi des codes sclérosants et des barrières stylistiques. Son bateau ivre voguant entre jazz-rock, free jazz, Canterbury et Zeuhl, soit aux confins d’un rock progressif qui ne saurait dire son nom … Nous avons tenté d’en savoir plus, en rencontrant son sympathique timonier, Gilles LE REST.

Bonjour Gilles et merci de nous accorder cet entretien. Le Free Human Zoo étant encore mal connu dans la sphère progressive, peux-tu brièvement nous raconter la naissance du groupe ?

Hello Henri. C’est moi qui te remercie ! C’est un honneur que de partager avec toi, avec les lecteurs-visiteurs de Big Bang, ces quelques impressions « néo-natales », notre nouvel opus venant tout juste de sortir. Et comme mes compagnons en musique, je suis ému que cet album vous ait « parlé ». Alors, pour faire court, le FHZoo est né en 2011. A l’époque, nous mettions entre parenthèses un projet plus acoustique, Odysseum, et les thèmes qui me venaient appelaient davantage une formation « électrique », impliquant une basse et une guitare à effets. En même temps, nous souhaitions conserver notre « marque de fabrique » initiale, à savoir le mariage cuivres-piano. D’où cette envie « d’entrer en hybridation ». Un métissage qui ne concernait pas que l’instrumentarium qui est le nôtre, mais aussi le répertoire, que nous souhaitions d’emblée le plus ouvert possible.

"No Wind Tonight…" est votre troisième album, mais c’est le deuxième, "Freedom, Now !", qui a commencé à éveiller la curiosité de certains chroniqueurs de musiques progressives, dont je suis. Que s’est-il passé pendant ses deux années ?

De 2016 à 2018, nous avons poursuivi notre effort communicationnel, de façon à rendre le groupe plus visible, plus audible, tout en nous attelant à l’écriture de ce nouvel album, « No Wind Tonight … ». Nous jouions déjà certains thèmes sur scène, comme « Curritur ad Vocem », mais globalement, il a fallu tout réécrire, en tentant de peaufiner les choses. Il était également le temps de retrouver l’énergie et les moyens nécessaires à la confection d’un nouveau disque, qui plus est lorsqu’il est double ! Tu l’auras compris, c’est donc à pas lents que nous progressons, mais ne dit-on pas : chi va piano, va sano ? Pour être franc, je suis (une nouvelle fois) très honoré de savoir que les aficionados des musiques prog aient été positivement titillés par notre petite aventure sonore. Si nous y parvenons encore avec ce nouveau disque, nous aurons atteint notre modeste objectif, celui d’un décloisonnement général !

Pour sortir cet album, vous avez bénéficié d’un financement participatif chez Kiss Kiss Bank Bank. De plus en plus de musiciens recourent à ce type de financement. Quels en ont été pour vous les avantages et les inconvénients ?

Il est tout sauf évident d’entrer dans une économie de souscription. Au départ, faire appel à la générosité des gens, de ses amis, n’est pas chose facile ; on préfèrerait pouvoir se satisfaire de nos budgets dédiés. Mais en l’occurrence, il est aussi devenu tellement difficile de « monter » un budget-disque, tout en honorant décemment la prestation des artistes impliqués, que le financement participatif reste incontournable dans bien des cas. Ce fût par deux fois le nôtre, en 2016 comme en 2018, et je dois bien t’avouer qu’au-delà de mes réserves premières, je suis bien aise que nous l’ayons fait. L’équipe de la plateforme nous ayant suivis, a toujours été présente et positive, et les liens tissés à travers ces souscriptions sont à la fois pérennes et amicaux. Je sais que tout le monde ne partage pas mon avis, mais personnellement, je n’y ai vu que du « plus ». Pour exemple, nous sommes désormais en contact avec des gens de Scandinavie, d’Extrême Orient, des Etats-Unis, comme du fin fond de l’Ardèche (n’y vois aucune catégorisation régionale !), et ça s’est naturellement fait par le truchement du financement participatif. On peut donc percevoir l’ensemble comme une méga-micro-coproduction !

La musique de FHZ est difficile à classer. À défaut de mieux, j’appelle ça du JIO, pour Jazz-rock In Opposition. Même si, quand on parle de musiques progressives, les genres n’ont finalement guère de sens, comment définirais-tu la musique du groupe ?

Encore une fois, tu nous honores par ces mots, tant il est bon de savoir s’opposer de temps en temps ! Mais si tu me le permets, je préfère ici l’acronyme JEM : Jubilation En Musique. Cela reflèterait bien les quelques buts qui sont les nôtres, tout comme on pourrait aussi dire LAM ; Libération Aimante Maximale…, … sans prétention aucune ! Quant au(x) style(s), je ne sais pas quoi te répondre. Comme je sais les musiques dites progressives promptes aux « progrès » collectifs en Art, à un « psychédélisme de construction », je suis flatté qu’on nous en rapproche, qu’on nous y reconnaisse une filiation. Cela dit, notre musique reste avant tout un melting-pot sonore, le fruit du métissage dont je te parlais plus avant. Un mélange des genres qui n’interdit jamais le respect de qui l’on est, le souvenir de nos origines propres. Tout au contraire… Et comme je l’ai souvent dit, la guitare peut « bastonner à mort », en « déstructurant les structures », Ravel et Debussy ne sont jamais bien loin !...

On sent une grande érudition chez toi et les autres musiciens de FHZ. Je suppose que tout le monde est passé par des conservatoires et a une grande culture musicale ainsi que de nombreuses influences. Qu’est-ce qui vous réunit, finalement ?

Le mot « érudition » m’effraie. Plutôt que d’une érudition, ou de formes érudites, je parle d’artisanat ; un artisanat de tous les instants. C’est vrai que les musiciens du groupe ont tous un « sacré bagage », mais ce qui nous intéresse, c’est avant tout la mutualisation, l’envie d’un partage EN musique. Et à ce titre, la musique du FHZoo n’est pas « technicienne » ; disons qu’elle est une « musique de l’instant », une suite d’impressions. La musique de Zappa est une musique hautement « technique ». Un jour peut-être, nous serons nous aussi amenés à proposer des morceaux plus « techniques », si l’inspiration nous y porte. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas. Je préfère donc parler d’une mise à disposition d’une « technique instrumentale », dans le but de rendre les choses les plus claires possibles, « lisibles ». Dans mon cas, c’est très délicat à « gérer », car je manque cruellement de temps, et la batterie est une compagne qui ne supporte pas les absences !... Mais plus globalement, nous nous sommes bien trouvés, et les musiciens du groupe sont tous des « pierres angulaires ». A chacun, je demande beaucoup, dans le but d’une affirmation collective. Pour l’enregistrement de « No Wind Tonight … », nous avons eu l’immense bonheur d’être rejoints par quatre amis-invités.

Même s’il y a peu de parties chantées dans votre musique (à part ici le fabuleux “Curritur ad Vocemˮ), vos livrets sont toujours agrémentés de textes, souvent poétiques, d’hommages à des figures de la musique ou autres. Avec l’oxymore même de votre nom, que l’on peut traduire par le “zoo des hommes libresˮ, vous semblez vouloir faire passer un message, ou tout du moins exprimer un point de vue. Si mon interprétation n’est pas bancale, quel serait ce message ?

Tu nous honores une nouvelle fois, Henri. Si ce « fabuleux Curritur » a vraiment tout d’une fable pour toi, d’un conte à se redire mille fois, nous avons touché au but, et je t’en remercie derechef ! Et si les messages dont tu parles portent au respect de l’Autre, quelle que soit la forme de son être, nous sommes dans le vrai. La joie de l’instant musical partagé, ouvrant sur l’urgence d’une tolérance générale, c’est ici le seul message. Y parviendra-t-on jamais ?

La longue pièce du premier disque, “Bab’Y, ʻle ravin de la grand-mèreʼˮ, est un hommage aux survivants du carnage de Babi Yar (quartier de Kiev, Ukraine, faisant alors partie de l’URSS) perpétré par les nazis à partir des 29 et 30 septembre 1941, et plus grand massacre de ce que l’on a appelé la ‟Shoah par ballesˮ. Ce travail mémoriel semble important pour toi. Pourrais-tu nous en parler ?

Lorsqu’à neuf ans, j’ai pris conscience de ce qu’était cette catastrophe, la Shoah, mon enfance se « repliait » en moi. En quelques jours, en quelques heures, j’avais quatre-vingt dix ans. C’est donc un moment fondateur, tu as raison. Depuis, comme pour beaucoup d’entre nous, je ne cesse de vouloir comprendre, comprendre, et comprendre encore. D’autres mémoires, tristement nombreuses, nous y invitent aussi, différemment... Aujourd’hui, c’est très modestement que j’essaie, par le biais de mon art, de redonner du sens à cet insensé-là, de faire qu’émerge une « énergie de l’après ». Cela passe peut-être par une « culture du sensible », à nouveau et plus que jamais vitale… Quant au morceau lui-même, qui est en fait une suite de mouvements, il pourrait dessiner une croisée de destins ; celui des victimes et survivants des indicibles exactions que tu cites-là, qui continuent de nous « abasourdir l’entendement », soixante-dix-huit ans plus tard, et celui de mes grands-parents, ballotés comme tant d’autres par le conflit…

Envisager la musique comme vecteur d’émancipation nécessite d’autres facteurs qu’une simple auto-justification, aussi érudite soit-elle. Ne crains-tu pas une forme de détachement de votre musique de sa dimension populaire ? Comment penses-tu – si tu y penses – ‟raccrocher” les wagons de la musique savante avec la locomotive de la pop music ?

Tu as raison, et à ce titre, les effets de langage restent souvent superflus. Mais de fait, les choses me paraissent très simples : nous proposons, et libre à chacune, à chacun d’en disposer, de s’approprier les petites aventures sonores qui sont les nôtres. Si, comme à la lecture d’un bon bouquin, l’esprit s’émancipe bellement et coréalise le bestiaire mental qui en découle, le « tour est joué ». Je n’analyse pas la musique qui me vient. Il y a des accents pop dans nos compositions, des moments d’improvisation jazzy, des tours de passe-passe traditionnels ou folk, comme des instants « métalliques » ou « classico » ; c’est à la fois pluriel et polymorphe. Je comprends qu’on s’en agace, que cela déroute, mais nous jouons la musique que nous aimons. Tout comme je crois à la force de « l’impressionnisme » en musique. En l’occurrence, se laisser « bercer » sans trop analyser, c’est aussi le sens du Vive valeque (« Vis, et porte-toi bien ») que nous tentons de promouvoir. Toute musique a-t-elle son public ? Je pense que oui. De notre côté, il nous faut l’interpréter du mieux possible. Il y a encore beaucoup de travail, mais nous nous y attelons.

Pour en avoir discuté avec certains collègues et amis, il est parfois compliqué de raccrocher la musique du FHZ au mouvement progressif. Vois-tu toi-même une filiation, puisque l’un des maîtres-mots du projet est hybridation ? Quelles références ‟progressives” sont les tiennes et que connais-tu du rock progressif actuel, notamment en France ?

Oui. Tu l’as dit, le simple fait de s’inscrire dans une tentative d’hybridation « constructive » nous ramène à des expériences de musique prog. De même, les musiciens du groupe arrivent avec leur « background », qui est souvent teinté d’une polychromie prog. Pour ma part, je reste attaché à l’univers de Ange, tout comme je fais volontiers le grand écart jusqu’au Soft Machine, ou Weather Report. La musique de Yes « me parle » un peu, tout comme celle de King Crimson (pour le seul album « In the court … »), mais je n’ai jamais été touché par la musique de Genesis, même si je reste toujours emballé par leurs expériences Live (ou celles de The Watch). De même, la musique de Zappa (précitée) reste -le plus souvent- absconse pour moi, tout comme celle de nombreux groupes de jazzrock. C’est un ressenti, bien sûr. Mes vraies racines remontent au Led Zep, aux Who, aux musiques folk et « classiques » (comme dit), au jazz coltranien, aux traditions orales, notamment malinké et peule, à Steve Reich. Et d’aucuns s’en étonneront (!!!), j’ai beaucoup écouté Magma et Offering, ce qui m’a toujours apporté beaucoup d’énergie. Au-delà, je t’avoue que je n’ai pas assez de temps devant moi, et j’écoute trop peu de choses. Je reste un contemplatif, et tente de maintenir le diaphragme grand ouvert. Je crois que toutes les musiques sincères m’intéressent ! Comme celle de Jean-Pascal Boffo, celle de Steven Wilson, ou celle de Grandval !

Vous êtes six musiciens dans le groupe de base, mais il y a souvent des invités. J’imagine que cela doit également être le cas sur scène. Cela ne doit pas être simple d’organiser une tournée ou même un simple concert du Free Human Zoo...

En effet, c’est très compliqué… Le groupe souffre de ne pas « sonner » plus souvent. Mais nous restons concentrés, et travaillons à «maintenir le cap». Pour ce faire, nous avons l’appui quotidien et passionné des amis d’ODUSSEIA, notre précieuse structure de production, tout comme ceux d’Ex-Tension Records, notre non moins précieux label de diffusion. Notre aventure, comme tant d’autres, reste un jardin ouvrier. On y vit un temps long…

Au moment où paraît cet entretien, l’album est officiellement sorti depuis quelques jours. Y aura-t-il des évènements particuliers en cette année 2019 : des concerts, une tournée ?

Oui, nous allons fêter dignement la sortie de « No Wind Tonight … », en tentant de rassembler sur scène, les dix chanteuse et musiciens qui interviennent sur ce double-album. Nous espérons nous réunir au Triton (Les Lilas), à une date qui reste à confirmer. De plus, nous prévoyons une mini-tournée dans le Grand Est et en Allemagne, mais il est encore trop tôt pour l’évoquer plus avant.

Merci pour tes réponses, Gilles, et longue vie au Free Human Zoo ! Un dernier mot pour les lecteurs de Big Bang ?

Encore une fois, c’est moi qui te remercie, Henri, et par ma voix, tous les membres du Free Human Zoo. J’espère que cet opus vous plaira, vous « parlera », et je pressens les lecteurs de Big Bang aussi attentifs que nous à ce mot-clé déjà prononcé : Jubilation ! Bien de belles choses à toutes et tous, et Vive valeque !

Entretien réalisé par Henri VAUGRAND




iO Pages (Pays-Bas) Dutch - par René Yedema, juillet 2019


"Ambitie kan het Franse Free Human Zoo op het tweede album No Wind Tonight... niet ontzegd worden. De plaat is grootser qua opzet dan het debuut Freedom, Now! (zie iO140), een op zich al ambitieus werkstuk waarin diverse, gelijktijdig voortgebrachte muziekgenres toonden dat de musici geen last hadden van hokjesvrees. Het nieuwe project, waarvoor de door Magma beïnvloede bandleider, slagwerker en componist Gilles Le Rest zijn band op twee posities wijzigde en enkele gastmusici uitnodigde, is een heuse dubbel-cd. Op de eerste schijf prijkt de elfdelige, drie kwartier lange herdenkingssuite Bab’Y (Le Ravin De La Grand-Mère), handelend over Babi Yar waar in 1941 uit vergelding een massamoord op joden plaatsvond. Net als op de eersteling vloeien in deze symfonie stijlen als jazz, klassiek, progressieve rock, fusion, minimal music en folk overtuigend samen. Enkele vormgevers hierbij zijn het gruizig rockende gitaarwerk, de stotende klanken van de blazerssectie, het indrukwekkende fretloze basspel, de speelse dwarsfluitfragmenten en de klassiek getinte pianopassages. De geregeld terugkerende, kunstig geconstrueerde thema’s zorgen voor houvast en geven de toegankelijkheid een flinke duw in de rug. Het (h)echte ensemble roept bij de uitvoering vergelijkingen op met, bijvoorbeeld, Isildurs Bane, Noetra en After Crying of meer recentelijk Ghost Rhythms en zelfs Snarky Puppy. Cd2 opent met Curritur Ad Vocem, een 25 minuten durend stuk geïnspireerd op een minder bekend deel van de middeleeuwse tekstencyclus Carmina Burana. Dit gegeven is vertaald in een intrigerende mix van middeleeuws getinte, deels vocale muziek en melodieuze moderne jazz(rock). Het Dave Brubeckachtige Talitha Koum, over het mysterie van de permanente hergeboorte, en het introverte, tot zen uitnodigende titelnummer zijn met zeven minuten ten slotte de kortste composities. Het kraakhelder doch warm geproduceerde, in een luxueus hoesontwerp met rijk geïllustreerd cd-boekje gestoken No Wind Tonight… wordt door Free Human Zoo zelf “une aventure musicale de libération et d’émancipation” genoemd. Daar sluit ik me volledig bij aan." René Yedema




Exclusive Magazine, USA - par Anne Carlini, juillet 2019


Title - 'No Wind Tonight ...'
Artist - Free Human Zoo Featuring elements of Jazz, Rock, Jazz-Rock, Pop, Prog, Folk, Etno, World and so much more, the electrifying sextet Free Human Zoo - led by drummer and percussionist Gilles Le Rest - keeps on its passionate search for liberating music here on their brand new album No Wind Tonight …, whilst still incorporating its bold brand of hybridization. Some two years after they released their wondrously received album Freedom, Now!, Free Human Zoo - Laurent Skoczek, Samy Thiébault, Nico Feuger, Emmanuel Guerrero, Matthieu Rosso and the aforementioned Gilles Le Rest - are back with a bang ! The first disc opens with a long memorial suite entitled Bab'Y, the 11 sub part opus being a heartfelt a tribute to the survivors of Babi Yar (where in September 1941 some 33,771 Jews were gunned down by the SS). Opening with the stern 'Prologue,' the melodies being to come forth on the more playful 'Barbarossa' and the short, but uber sweet 'Klezmer Volutes.' The methodical 'Die frohlichen kamaraden' is along next and even has a gentle Wintry feel to it, before the finger-snappin' and sax wonderment of 'Pitchipoi' (my personal favorite amongst the 11) and then the vibrant 'L'espoir au Coeur' are brought forth. Evoking the power of the life forces, the forces of life, through the evidence of a compassionate fraternity, of a necessary communion of the "after", as a whole BabY's sub tracks draw from a spiral of contrary feelings and bring them into the light - if only for a few minutes. The dulcet piano work of 'The Yar' gives this track its more serious backbone with the thoughtful, yet melodic key work of 'My Little African Doll' backing it beautifully. A track that wouldn't be out of place in a smoky underground, late night/early morning jazz club 'Revoir l'aurore' is up next with the first disc rounding out with the bombastic 'Forces Vitales,' and then the emphatic closer 'Epilogue.' The second disc comes in three pieces, the first split into 5 sub tracks and overall is a piece inspired by a traditional medieval style that comes from the series called "Carmina Burana" (manuscript of the Abbey of Benediktbeuern / XIII C.). Opening with the joyous musical deliberations of 'Curritur' that's backed seamlessly by the free flowing piano, drum, bass and trumpet work on 'Sursum Corda,' with the more delicate 'Ad Vocem' along next. The drums and sax take centerstage next on another late night jazz club-evoking 'Vive Valeque' with the sweepingly lush 'Acta Est Fabula' another stand out work of musical art here. The next main track is 'Talitha Koum' and celebrates the mystery of perpetual rebirth, especially through an open and laughing harmonic grid combined with a fast and more tense tempo. This quite stunning, absolutely mesmerizing new album then comes to a close with the title track (and longest at over seven minutes), 'No Wind Tonight.' The cut is an eponymous theme of the album and comes across as a calm, clensing and introspective journey for the soul once undertaken. With room to freely manoevure within its construction for the acoustic piano, double bass and tenor sax, it's Zen warmth and state of fluid being makes it the most perfect way to end the album - let alone ones day, in general, of course.




DPRP review, UK - par Owen Davies, août 2019


One of the things that I like the most about instrumental music, is that listening to it can send the mind on a journey to explore unexpected concepts, or visit some of the most unexpected places imaginable. During the experience of listening to the two discs that make up Free Human Zoos' "No Wind Tonight...", I was briefly spirited to a place filled with images of the past, where my mind began to ponder about love, life and loss. This particular journey was a one-off. I cannot even identify whereabouts in the music my thoughts turned to these three ‘L's’, or indeed why. The music of the album is bright and cheerful. It is full of wonderful imagery and irresistible musical colours that rarely tint to grey, or hint of sad-eyed melodies. I have listened to the album on a number of occasions, and these specific images and heartfelt thoughts have never returned. In the right setting, I guess that is just an indication of how music can create a unique space in time, and how persuasive the rhythms and melodies of Free Human Zoo can be. That brief encounter with thoughts about love and mortality, created a clutch of transitory ideas that spun in wayward directions. In that moment, as my thoughts collided, I understood that love is a journey and its language is possible to share. It provided a catalyst to write a piece of prose about the timeless nature of love. The piece entitled "Have you Ever ?" is located at the end of my thoughts about this fantastic release. Free Human Zoo’s latest album is a very evocative and simply stunning release in every respect. I have no hesitation in stating that it offers something different each time that it is played. I have no hesitation in highly recommending it to readers who enjoy instrumental music that includes a gratifying combination of the zest of Zeuhl and the joyful exuberance of progressive jazz. "No Wind Tonight..." possesses an enviable vitality that is easily discernible the moment the ensemble begin to play. It exudes a satisfying freshness where all aspects of the album display the appealing hallmarks of spontaneity and creativity. Free Human Zoo has created an album that has a remarkable ability to envelop a listener in its unusual and original-sounding embrace. The album contains two CDs and each feature lengthy compositions. CD 1 has a 45-minute suite, Bab’Y (Le Ravin De La Grand-Mère). Disc 2 features a 26-minute suite entitled Curritur Ad Vocem and two other distinct, stand-alone compositions. Bab'Y is a tribute to the survivors of Babi Yar (Kiev, September 29/30, 1941). The piece contains eleven sub-tracks. These segue seamlessly into one another. Themes toe-tap the senses and lightly embed in a gentle, superficial manner. The same themes twist, turn, fork and spade to dig deeper, until they etch themselves upon the subconscious. Recognisable motifs, paddle, swim, and leap in a similar-yet-different fashion. These dart memorably and with attention-grabbing incisiveness in and out of the suite. Melodic ideas linger, then confidently recur, to reinvent themselves. This technique frequently creates a woven tapestry of many textures that leaves a memorable imprint. Identifiable and familiar themes rise, evolve and subside, to give the whole album a wonderful organic, freshly sculpted and ever changing mystique. By turns, this well-crafted and enthusiastically performed suite is beautiful, strident, elegant, raucous and utterly compelling. The different subsections of Bab’Y meld flawlessly together to form a vibrant soundscape that paints an expressive canvass. Granite tors and verdant vales all have a significant place within a musical landscape that is infused with buoyant bass parts, percussive rock falls and kaleidoscopic melodies. These elements coalesce and combine to effortlessly cohabit and reside within the complex, shifting rhythmic patterns, which are integral to much of the suite. A range of musical styles, including jazz, prog, and something very undefinable, are all in evidence during the suite. When these facets are contained within a flowing, shifting tide of tasteful sounds, it is no surprise that Bab'Y is able, in various degrees, to excite, enthral and soothe the senses. Whilst it is possible to listen to and appreciate the individual tracks that make up the suite, Bab’Y is best experienced as a whole piece. It is an impressive work ! Stylistically, the influence of Magma is never far below the surface, and at times this froths, spits and bubbles up, to break water in an explicit manner such as during the opening section of Revoir L'Aurore and on occasions in Forces Vitales. This influence is characterised by a deep, pulverising bassline that is prominent in the mix, and an often-relentless trance-like evolution by repetition of a series of musical phrases and ideas. As some of the sub-tracks conclude and segue into the next, a number of the climactic conclusions and transitions are reminiscent of the work of Neil Ardley's Kaleidoscope of Rainbows and The Harmony of the Spheres. The wealth of instruments used by the ensemble only serves to emphasise this comparison. The core of the band contains Matthieu Rosso (guitars), Emmanuel Guerrero (piano), Samy Thiebault (tenor sax), Laurent Skoczek (trombone), Nicolas Feuger (bass) and there are guest appearances by Camille Fritsch (soprano voice), Jocelyn Mienniel (flute), Bruno Ortega (bass flute) and Jonathan Edo on percussion. The leader and composer of the band is drummer Gilles Le Rest. His complex rhythmic flourishes lie at the heart of much of the band’s music. His innovative and inventive strikes and flourishes are a consistent highlight. This is in evidence, to good effect, in the obscure, foot-shuffling embellishments to My Little African Doll. On more than one occasion, over the course of both discs and due to the rhythmic core of the music, I was reminded of the work of Bill Bruford’s Earthworks. However, whilst No Wind Tonight features many elements commonly associated with jazz, and has passages that would sit comfortably in any jazz collection, it most certainly is not a jazz album. Its progressive mix and unique combination of flavours has a distinctive taste, that many jazz purists will shun and many progrock fans will probably find equally difficult to imbibe. The video link featuring the outstanding sub-track, The Yar, that ties together many of the themes of Bab'Y, should demonstrate this point. In this piece, and on a number of other occasions, the band delivers a succession of related motifs, discordant piano flurries, and brass interjections. These components are strongly accentuated by the relentless power of the bass. This creates a delightfully ugly, yet thoroughly mesmerising and captivating sound. There are many standout moments during Bab’Y. The Yar is probably my favourite sub-track, but Klezmer Volutes is also delightful. However, it is the sum of the music and its cascade of ever-shifting patterns, rather than its individual sub-tracks, which gives Bab’Yits outstanding appeal. Concerning this, the flute also has an important role to play. Some of the gilded flute passages resonate elegantly, whilst some are much grittier and contain a suggestion of the sort of aggressive tones that all lovers of prog flute will appreciate. The chiming cascading of the bell-like flute melodies of L'Espoir Au Cœur are enchanting. They were somewhat reminiscent, in terms of tone, elegance and beauty of the gentler melodic sections of Jethro Tull's Thick As A Brick. Bab’Y has a clear freedom of expression. It is not constrained by any limitations that genre labels may place. To emphasise this point, there are times when the guitar of Rosso is clean and precise, and there are occasions when it its distorted, fuzzed tones, full of spite and measured aggression, take the music to the edge of a rocky precipice. This also demonstrates the band's versatility and refusal to typecast in a particular style. Curritur Ad Vocem is almost as engaging as Bab’Y. It contains five sub-tracks and takes the listener on a journey that explores an unlikely alliance between medieval music, folk and jazz idioms. It works remarkably well and its unique amalgam of influences is completely alluring. Vocalist Fritsch excels and provides the music with an infectious human touch. This provides an immediate and readily-accessible dimension, whilst the overall complexity of the music is able to appeal on many other levels. Overall, Free Human Zoo’s "No Wind Tonight..." has struck me in much the same way as when I first discovered progressive music. I am smitten by its unusual and inventive array of charms. I have found much of it irresistible. I enjoyed it so much; I immediately went out and bought the band’s first album. That is something that I haven’t done for years and I can only think of one or two albums that I have reviewed for DPRP, that have moved me to such an extent that I have immediately felt a need to explore the band's back catalogue. Some readers might find that the manner in which the players extract every bit of life from a theme, or melody, a source of frustration. On the contrary, I found this aspect of the band's art fascinating. It never ceased to intrigue and often amaze me how a subtle, or sometimes a striking shift of rhythm, or a different use of dynamics, is able to alter the mood and complexion of a piece, but somehow still fit naturally into the composition as a whole. I will conclude my observations, by stating that "No Wind Tonight..." is one of the most gratifying and enjoyable albums I have encountered this year. It is fresh, it is unique, and many aspects of it are simply quite magnificent. Have you Ever? (inspired by "No Wind Tonight...") Once The man whispered in her ear: "Have you ever heard a nightingale?" He placed his loud red jacket quietly over her shoulders and warm slippers on her feet. Under the light of the stars, in the stillness of windless night, they were lifted to the world of their love on the wings of a magical song. Later The undertakers workshop and chapel of rest, stood conveniently between the garage and the pub. After completing the form, the man sprinted to the chapel. The woman lay there. Her hair was whiter than it had ever been. Her face was like chalk and coldly-still, like marble. Her eyes and lips were closed tight. He felt frosted and cold in the silence. He puckered his lips and ventured a hard kiss. He lingered, heart glued to the enduring whispers of the past and shuffled out, empty, flat and without haste. He looked into his future and only saw her. Forever As I watched my father fade, he stroked my hand and weakly whispered: ‘Have you ever heard a nightingale?" In the stillness of that windless night, from the bare land of his distant memory, a nightingale sang. They were lovers once more.




Chromatique, par Jean-Philippe Haas, août 2019


Free Human Zoo fait partie de ces groupes français qu'il est difficile d'étiqueter avec précision tant il joue sur la perméabilité des genres, et ce dès 2014 et son premier EP « Aïki Dõ RéMy », suivi en 2016 par « Freedom Now ! ». Le public étant lui bien moins perméable (conservateur, puriste, segmenté, avez-vous dit ?), c'est peut-être la raison pour laquelle cette formation n'a pas encore la notoriété qu'elle mériterait, à l'image par exemple de Ghost Rhythms, autres audacieux de l'underground. « No Wind Tonight… » est un double album ambitieux, divisé, selon les termes du groupe en « quatre voyages, comme autant d’invitations à une Introspection partagée, comme autant de propositions de scenarii, tous propices à un Imaginaire mutualisé ». Le « Prologue » vous plonge immédiatement dans l'univers solennel de Magma, les chœurs en moins. Avec un petit côté martial, des motifs répétitifs entêtants, « Barbarossa » emboîte le pas sur une marche inexorable et vaguement inquiétante. Mais la référence à la bande à Vander ne fait pas long feu, Free Human Zoo n'étant guère du genre à garnir son arc d'une seule corde. On quitte alors la gravité des premiers titres pour se dérider avec les flûtes de « Die fröhlichen Kameraden », de « L'espoir au cœur », le jazz funky de « Pitchipoï ? », la légèreté de « My Little African Doll » ou encore la chaleur du trombone et du saxophone sur « Revoir l'aurore », aussi sautillant que rythmé. Une multitude de genres se croisent ainsi, empruntant les passerelles du jazz sans forcément s'y attarder. Les thèmes de départ sont repris au terme de ce « Bab'Y », première partie d'un voyage ponctué de péripéties passionnantes. Changement radical d'atmosphère sur le second disque qui s'ouvre sur une suite de six titres baptisés « Curritur ad Vocem ». Le premier d'entre eux, « Curritur », déploie un folk moyenâgeux interprété en latin par la chanteuse lyrique Camille Fritsch, bucolique et enjoué, qui donnerait presque envie de danser si l'on y entendait quelque chose en danses d'époque. « Sursum corda ! » remet la suite sur les rails d'une fusion jazz exubérante à souhait, mais on retrouve l'ambiance d'ouverture sur la deuxième moitié d'« Acta Est Fabula », avec une chanteuse quasi en transe lorsque le titre s'emballe, extatique. Les deux dernières parties de « No Wind Tonight… » ne sont composées chacune que d'un seul morceau : « Talitha Koum », assez classique mais très chaleureux, suivi de « No Wind Tonight…», dont le piano dominant, secondé par la contrebasse et le saxophone, clôt de façon apaisée quatre-vingt minutes de musique éminemment colorée. La montée en puissance de Free Human Zoo depuis ses débuts est impressionnante. « No Wind Tonight… » atteste que nous sommes en présence d'un grand, voire très grand groupe, qui sait puiser son inspiration au-delà de son champ de prédilection. Une ambition très largement couronnée de succès par un album dont chaque écoute ne cesse de vous ébahir par sa richesse et son dynamisme.




Batteur Magazine, par Véronique Bulteau et Marc Rouvé, septembre 2019


Gilles, peux-tu te présenter aux lecteurs de Bat'Mag ?

Mon bonjour à toutes et tous. Depuis une petite dizaine d’années, j’ai la chance et l’honneur de « piloter » une drôle de formation, un sextet parfaitement hybride, surfant du jazz de création à la pop et au rock prog, le FREE HUMAN ZOO. Les métissages sonores y auront toujours forgé l’ « âme » du groupe, au moins autant que l’approche rythmique, fondation première de chacun de nos thèmes.

S’agissant de ma petite personne, et pour faire court, disons que je suis à la fois issu du tambour napoléonien, du groove funky des seventies et de la tradition mandingue ! Quand j’étais gamin, j’ai commencé à flirter avec les « rudiments » dans une harmonie-fanfare ; c’était un apprentissage à la fois physique et stimulant, mais aussi et très souvent oral parfaitement empirique ! J’ai ensuite tenté de me « faire la main », en visitant et revisitant de grands classiques du rock, aux côtés de mon ami bassiste, Gérald Muller, avec qui nous répétions inlassablement tel ou tel phrasé tiré du répertoire de Led Zep ou de Magma. Ensuite et pendant quelques temps, j’ai fréquenté avec un grand intérêt les batteurs César Bochetti et Michel Chionchini. Et plus tard, j’ai eu l’immense bonheur de « m’ouvrir » aux mondes subsahariens et à la musique mandingue, notamment en présence de Gilbert Elion et Mamady Keita. Enfin, lorsque je suis arrivé en Île-de-France, j’ai connu la joie d’être « coaché » par un formidable humaniste de la batterie/jazz, à savoir mon ami Georges Paczynski. Au même moment, j’ai eu la chance de pouvoir recevoir le conseil de François Laizeau, avec qui nous avons travaillé l’art de la polyrythmie. François aborde la batterie comme un art martial, dans une totale zen-attitude qui inspire le respect, et ce fut un bonheur que de recevoir ses avis. Quant à Christian (Vander), il n’est jamais avare de conseils, tout au contraire … Un parcours à multiples méandres, qui m’aura toujours invité à « creuser » de nouvelles pistes. Aujourd’hui, je reste concentré sur l’émancipation de notre sextet, tout en l’ouvrant à d’autres artistes, et m’attache à partager le fruit de nos « recherches » musicales.

Tu viens de sortir un double CD ambitieux, avec des pièces d'envergure (durée, densité musicale). Comment est né ce projet ?

Ce projet « No Wind Tonight … » est né il y a environ deux ans. A l’époque, Laurent Skoczek (mon « frère » en musique, avec qui je bourlingue depuis plusieurs décennies !) et moi, avions l’envie d’enregistrer une très longue pièce mémorielle, intitulée « Bab’Y ». Comme ce n’était pas le seul morceau que nous souhaitions proposer dans ce nouvel opus, et que nous avions beaucoup de matière sonore, le choix d’un double-album s’est vite imposé à nous, au-delà des difficultés de production que nous allions devoir surmonter. En l’occurrence, cette première suite (de 45 mn…), composée en hommage aux victimes et survivants du Babi Yar (Kiev, 1941), se décline en une dizaine de thèmes, et elle est elle-même complétée d’un morceau plus échevelé, « Curritur ad Vocem », prenant sa pulsation première dans le registre du XIIIème siècle, celui des Carmina Burana. Le double-album se conclut à travers deux pièces plus brèves : « Talitha Koum », un morceau pulsatile et tout en rebonds, qui célèbre le renouveau perpétuel, et « No Wind Tonight … », thème éponyme de ce disque, qui s’apparente à une coda volontairement apaisée, un épilogue aux couleurs du Zen.

Le développement du projet a-t-il été facile ?

Ouh là là ! Rien n’est facile lorsqu’on « entre en hybridation ». Tu es partout, tu es nulle part. Tu titilles ou tu agaces. Au départ, tu fais rarement consensus, et il n’y a pas d’autre solution que de se relever les manches. Heureusement, nous sommes très bien entourés et soutenus, en premier lieu par notre structure de production, Odusseia, grâce à qui nous continuons d’aller de l’avant. Depuis 2013, nous avons également la chance d’avoir le soutien de nos amis d’Ex-Tension/Seventh Records, qui nous épaulent jour après jour, tout en facilitant la distribution de nos disques. Il faut aussi souligner le précieux parrainage de l’Adami, de la Sacem, de Bertus France et du Ministère de la Culture, sans lesquels ce double-album n’aurait pas pu naître au jour. Tout comme il me faut saluer l’engagement d’amis fidèles et incontournables, qui auront répondu présents lors d’une campagne de précommande dudit opus. J’ai aussi la chance de partager cette expérience créative avec mon ami Xavier Napora, l’incontournable chanteur du groupe de métal Malemort ; nous nous soutenons l’un l’autre, tout en échangeant nos points de vue. S’agissant de l’enregistrement à proprement parler, nous avons eu l’immense bonheur de « fixer » cet album au studio Sextan (Malakoff), en présence de Vincent Mahey et d’Arthur Gouret, et vécu la joie de confier l’ensemble à Marcus Linon, pour un mastering ciselé et parfaitement équilibré. Quant à la pochette et son livret, ils sont l’œuvre du talentueux Gérald Nimal, à partir de mes modestes propositions iconographiques et textuelles. Comment composes-tu ? Est-ce que tout est écrit ou laisses-tu des parties improvisées ? Je compose au piano, en laissant patiemment « venir » les choses. D’abord essentiellement rythmiques, les thèmes « surgissent » dans des instants de suspension, et se déclinent ensuite en mélodies, en « chansons ». A l’intérieur d’un lent processus, parfois obsessionnel, dans le sens des derviches tourneurs (!), les morceaux forment un canevas, dans lequel l’improvisation reste le maître-mot, parfois jusqu’à plus soif ! J’ai la chance d’être bellement entouré, par des musiciens et artistes aimant ces « voyages sonores », les agrémentant de leur culture propre, et acceptant de se retrouver bien souvent dans une « musique de l’instant », sur la corde raide ! Ensuite, c’est avec Laurent (précité) que nous posons les choses sur le papier et arrangeons l’ensemble, dans l’espoir d’une efficacité sonore. C’est un artisanat de tous les instants, un quotidien travail sur l’établi. Peux-tu nous parler du langage que tu utilises pour les paroles et évoquer également les inspirations médiévales ? Pour ce thème médiéval, « Curritur ad Vocem », que j’adore chantonner depuis des lustres, nous avons tout simplement puisé dans le répertoire originel du XIIIème siècle, et confié les paroles (anonymes et en latin) à la très surprenante soprano Camille Fritsch. Le thème évoque une certaine forme d’invitation à la débauche (!!!), mais il s’y trouve aussi d’autres degrés de lecture, comme souvent au moyen-âge ; une sorte de langage caché, beaucoup plus subtil qu’il n’y paraît. Nous y avons également invité deux amis flûtistes, Jocelyn Mienniel et Bruno Ortega, qui s’expriment ici en de belles joutes aériennes, ainsi que le très tonique Jonathan Edo, aux percussions. Au final, le thème se veut sautillant, et nous rappelle à l’essentiel, celui des petites joies partagées.

Parlons maintenant batterie. Quelles sont tes principales influences ?

Comme je te le disais plus haut, eu égard à mes premières années d’apprentissage, j’ai toujours été très marqué par des batteurs passant sans cesse du roulé au frisé, du frisé au roulé. Impossible de les citer tous, mais j’évoquerai les « incontournables », tels Daniel Humair, Kenny Clarke, Buddy Rich, Aldo Romano, Dédé Ceccarelli, Bernard Lubat, Jacques Thollot, Simon Goubert. J’ai connu beaucoup d’enthousiasme à écouter les batteurs rock des seventies, tels John Bonham, Ian Paice, Michael Shrieve ou Keith Moon, tout comme j’ai été totalement « emmené » par le groove binaro-ternaire de Stewart Copeland, ou des batteurs de la Motown. Lorsque j’avais quatorze ans, mon frère et moi avons découvert Magma, dans le film de Jean Yanne, « Moi y’en a vouloir des sous ». Ca a été un choc fondateur ! Le début d’une Histoire ! C’est aussi à travers le phrasé de Christian Vander, que j’ai découvert celui de ses aînés, Elvin Jones en tête. Un univers d’une immense richesse, qui me nourrit toujours intensément. Ensuite, la rencontre de maîtres-djembéfola m’a énormément stimulé, justement dans le sens d’une quête du « binaro-ternaire » dont je te parlais, d’un binaire groovy. Ils m’ont appris l’endurance, l’effervescence des « chauffés », et aussi et surtout, la joie « d’être » en musique, mon principal carburant d’aujourd’hui. C’est aussi le message que m’a transmis Georges Paczynski : la rigueur d’un apprentissage orthonormé, la recherche d’un son « plein », d’une gestuelle dédiée, mais avant tout la passion de l’échange humain, la jubilation des énergies partagées. Aujourd’hui, je reste « à l’écoute ». Toute aventure musicale sincère m’intéresse, et en tant que batteur et percussionniste, j’ai aimé découvrir des artistes comme Anne Pacéo, Damien Schmitt, Pierre Marcault, Latif Chaarani, Famoudou Konaté, Richard Kolinka, Biguy Melindji, Nicolas Viccaro, Michel Altmayer, Franck Vaillant, Jean-Philippe Fanfant, Antoine Banville, Paco Séry, Jean-My Truong, Claude Salmiéri, Jean-Claude Buire, Marc Delouya, Philippe Gleizes, Antoine Paganotti, Yoann Serra, Daniel Jeand'Heur, ou plus récemment, Anika Nilles, Morgan Agren et Antonin Violot. Je ne peux toutes et tous les citer ... J'en oublie et m'en excuse par avance, mais je reste toujours ému des différentes formes de recherche musicale autour de la batterie, des percussions, des rythmes, des atmosphères … Il y a de nombreux "discours" palpitants ...

Quel matériel utilises-tu ?

J’utilise des fûts Gretsch, des années 70’ jusqu’aux actuels modèles Renown Maple. Je change de grosse-caisse selon la configuration nécessaire, passant d’une Capelle-acajou à une antédiluvienne Japson (!), mais je veille à garder une 18’ devant moi. J’aime le son Gretsch, mais reste toujours surpris de la ressource d’instruments « qui sortent de nulle part ». Avec l’aide de mes amis de la Baguetterie-Paris, je recherche LA peau idéale, notamment pour les toms, qui sont trop souvent « sacrifiés » dans le son global de la batterie. Et je suis (comme beaucoup d’entre nous), un parfait amoureux des cymbales et des gongs, des métaux résonnants, si mystérieux. Je joue sur de vieilles Zildjian Avedis ou K, mais reste en émotion face à tout « plateau » recelant une profondeur. Il y a peu de temps, un copain de la Baguetterie (précitée) m’a présenté une cymbale turque Pasha, marque quasi inconnue, mais galette digne des plus grands bronziers. D’ailleurs, c’est elle qui ouvre notre album ! J’aime aussi faire sonner une grande cymbale chinoise, soit une Wuhan, soit une Guangzhou, ou un gong, selon. Depuis pas mal d’années, j’ai surtout reconfiguré mon instrument, en recherchant la meilleure assise possible, sans tension, et en laissant parler « l’intuition corporelle ».

Sur le disque, la batterie n'est pas omniprésente, elle est même "dans le groupe". Le son est beau, notamment des cymbales finement ciselées dans le mix. Tu ne voulais pas faire un disque de batteur ?

Merci pour le son son ! Ca me fait plaisir que tu aies ressenti ça, car ça aura été notre quête en studio et au mastering. Mais tu as raison, je ne suis pas obnubilé par la « batterie pour la batterie ». Elle fait partie d’un tout, inséparable du reste de l’instrumentarium, et j’essaie avant tout de développer des phrases musicales qui collent au propos, sans chercher à surajouter. Idéalement, dans un groupe, tout le monde est batteur, l’idée étant de faire surgir un souffle commun. Mais ça, c’est la quête d’une vie, comme celle d’un tempo « assis ». J’aime les musiques vivantes, et suis parfaitement heureux que le tempo puisse aussi « bouger », dans le sens d’une respiration. Tempo « assis » et tempo « mouvant » ne sont pas antagonistes, au contraire de ce que l’on pense. Il faut juste trouver les partenaires qui « embrayent », n’ayant pas peur du saut dans l’inconnu ! C’est comme en amour, il faut des coups de théâtre, se méfier des cadences linéaires !

Penses-tu pouvoir faire vivre ce projet ambitieux sur scène ?

C’est compliqué, et je remercie mille fois l’équipe de Batteur Mag de s’intéresser à notre petite aventure musicale et humaine. Jusqu’à présent, nous avons surtout tourné en Île-de-France, et espérons pouvoir davantage promouvoir le FREE HUMAN ZOO à l’extérieur des frontières franciliennes. La bonne nouvelle, c’est que notre musique titille de plus en plus de monde, notamment à l’étranger, tout comme elle « parle » plus qu’auparavant aux acteurs de la musique prog, des musiques de films. C’est pour nous un grand satisfecit, même si tant reste à faire … Si nous « survivons » à la production de ce 3ème opus !...

As-tu d'autres projets en préparation ?

Oui, j’aimerais bientôt « ressusciter » une belle formule acoustique, qui nous occupait il y a une dizaine d’années, ODYSSEE ÔM ; un navire au long cours nous emmenant sur les côtes d’Afrique de l’Ouest. Sinon, je souhaite créer un quintet « coltranien », avec deux ténors, qui s’appellerait POE. Enfin, j’aimerais trouver le temps de renouer avec la chanson, tout en restant ouvert à toute proposition d’amis inspirés. Advienne ce qu’adviendra…

Mon salut à toutes et tous,

et Sursum Corda !




Rythmes Croisés, par Stéphane Fougère, juillet 2019


Après "Aïki Dõ RéMy" (2014) et "Freedom, Now !" (2016), le FREE HUMAN ZOO rouvre ses portes en 2019 pour une nouvelle attraction, "No Wind Tonight ...", non sans avoir procédé à quelques aménagements de son territoire : créatif d’abord, puisque cet album se déploie sur deux CD (allons-y gaiement!), et en termes de personnel. Le compositeur et batteur du groupe, Gilles LE REST et son complice tromboniste et arrangeur Laurent SKOCZEK, toujours épaulés par le saxophoniste Samy THIÉBAULT et par le bassiste Nicolas FEUGER, ont accueillis dans leur aventure le pianiste Emmanuel GUERRERO et le guitariste Matthieu ROSSO. Et comme si ça ne suffisait pas, le sextet est augmenté ici et là de quatre autres artistes invités. Aussi attendez-vous à écouter, à défaut du vent ce soir, un corpus de compositions fort colorées, contrastées, pluri-influencées, en total adéquation avec la motivation principale du FREE HUMAN ZOO, qui revendique une “quête émancipatrice” assumant pleinement son penchant pour l’hybridation. Un double album n’est a priori pas la porte d’entrée idéale pour un auditeur novice, lequel aurait peut-être intérêt à commencer son exploration discographique du FREE HUMAN ZOO avec "Freedom, Now !". Mais les quatre compositions de "No Wind Tonight ..."font montre d’un souffle ample et d’une telle variété d’inspirations qu’il n’y a pas lieu de craindre « d’entendre toujours la même chose »… Bien sûr, il faut avoir le goût des épopées musicales. C’est du reste une composition au format XXL qui occupe tout le premier CD, segmentée en onze pistes enchaînées. Bab’Y (Le Ravin de la grand-mère) est une suite musicale qui en appelle à la mémoire historique et aux destins individuels. Gilles LE REST la présente comme un hommage aux survivants et un hymne à ses grands-parents. Au long de ces onze parties, la petite histoire se mêle à la grande, et a pour repère historique un épisode particulièrement douloureux de la Seconde Guerre mondiale, soit le plus grand massacre commis pendant la Shoah par les groupes d’interventions du IIIe Reich (“Einsatzgruppen”) en URSS les 29 et 30 septembre 1941, et durant lequel périrent près de 34 000 Juifs, aux abords du ravin de Babi Yar (le “ravin des bonnes femmes”), près de Kiev. Bab’Y démarre donc dans un frissonnement de cymbales et un recueillement pianistique avant de s’ébrouer avec une déchirante complainte guitaristique et autres soubresauts de batterie. Puis une mélodie entêtante se fraie un chemin sur Barbarossa et s’avance fièrement sur un rythme martial qui évoque celui à l’œuvre sur le premier mouvement de la trilogie Theusz Hamtaahk de MAGMA, mais les ponctuations puis les sinuosités du saxophone ténor tirent l’ensemble vers un horizon moins spartiate, plus délié, comme une marche inlassable vers la lumière, en dépit de l’environnement funeste. Suivent des Klezmer Volutes qui donnent envie de s’esbaudir sur le chemin. Un autre écho de MAGMA se fait entendre lors de l’entrée en scène des Frölichen Kameraden, celui d’un MAGMA plus serein, rappelant quelque passage de Wurdah Itah ou de Felicité Thosz, peut-être même d’OFFERING. En dehors du fait que "No Wind Tonight ..." est sorti sur Ex-Tension, sous-label de Seventh Records, maison-mère de MAGMA, la source d’inspiration de Bab’Y se prêtait de toute façon à l’exploration d’influences communes aux deux groupes, notamment des rythmes boiteux est-européens qui ont marqué un BARTOK ou un STRAVINSKY, mais aussi d’un certain jazz semi-acoustique fleuri et chaleureux, que FREE HUMAN ZOO décline gaillardement sur Pitchipoï et dans L’Espoir au cœur, ce dernier segment se colorant encore plus de légèreté solaire de par l’intervention de la flûte traversière de Jocelyn MIENNIEL, qui tire l’ensemble vers une musique de chambre à laquelle la guitare et la batterie ajoutent leurs frétillements. Changement d’ambiance pour The Yar, “discipliné” par un thème de piano obsédant et par une ligne de basse fretless qui ne l’est pas moins, la batterie posant un tempo binaire mais nourri de nuances, et où les vagissements de la guitare, les spirales de saxophone et de trombone dessinent un mouvement ascensionnel rendu délicat par un environnement escarpé ; c’est le “yar”, le ravin d’où il faut coûte que coûte se sortir. Une nouvelle pause rêverie apparaît avec My Little African Doll, bientôt animée de percussions chaloupées, et « solarisée » par des soli de trombone, de flûte et de piano. Le rythme s’ébroue à nouveau pour Revoir l’Aurore, et vire à l’ambiance leste, virevoltante et piquante sur Forces vitales, qui dit bien ce nécessaire renouveau de la vie. Puis reprise du thème au piano sur l’Épilogue, enrobé de frétillements de toms et de cymbales. On a l’impression que l’ombre et la lumière n’ont cessé de s’inviter à danser des farandoles durant ces presque trois quarts d’heure qu’a duré Bab’Y. Et ce n’était là que le premier voyage. Sur le second CD, un voyage dans le temps autrement plus radical nous attend puisque le FREE HUMAN ZOO s’est mis en tête de reprendre un thème médiéval issu des Carmina Burana ! Nous ne parlons pas ici de l’œuvre de Carl ORFF (ça aurait fait un peu trop de références magmaïennes…), mais bien des fameux “chants de Beuern” profanes et religieux composés par des Goliards du XIIIe siècle, enregistrés par plusieurs ensembles de musique médiévale, dont le CLEMENCIC CONSORT de René CLEMENCIC et le BOSTON CAMERATA de Joel COHEN. Le thème repris ici, Curritur ad Vocem, provient de la cérémonie bouffonne La Fête de l’âne et tranche avec l’inspiration du premier CD de par sa nature plus guillerette, primesautière et foncièrement transgressive. Il est dans un premier temps interprété par la chanteuse soprano Camille FRITSCH, accompagnée par force guimbarde (Gilles LE REST), flûte à bec (Bruno ORTEGA), flûte traversière (Jocelyn MIENNIEL) et percussions (Jonathan EDO), avant que les membres du FREE HUMAN ZOO ne s’immiscent dans la ronde et tirent la couverture vers un son nettement plus jazz et jazz-rock, où chaque soliste s’en donnent à cœur joie, donnant ainsi un écho très contemporain à ce chant venu de loin dont le propos reste d’une confondante nécessité actuelle : « Je danse en rythme, libre et nu, dans la pulsation du monde qui maintient tout. » Au beau milieu de cette version étalée sur 25 minutes, Camilel FRITSCH revient ajouter quelques versets supplémentaires, avant que le personnel du ZOO ne revienne effectuer ses propres danses rythmiques échevelées, avant un final éminemment “charivaresque” où même la chanteuse semble en état second ! On reste dans une atmosphère enjouée et une couleur tonique avec la pièce qui suit, Talitha Koum, dont les harmonies ouvertes et le tempo incisif célèbrent la “quête du Nouveau, la célébration de la Co-naissance”, avec une guitare basse qui galope et qui trotte, un saxophone ténor et un trombone emplis de jovialité, une guitare en soutien, un piano plus posé, classique, mais obstiné, et une batterie toujours aussi profuse en syncopes et en effets percussifs. C’est dans la sérénité rêveuse que s’achève ce second CD, avec le morceau éponyme à l’album, dédicace personnelle dont le thème fait la part belle aux notes liquides et derviches du piano, discrètement soulevées par des rondeurs de contrebasse et des vagues de cymbales, avec au beau milieu le saxophone ténor qui entame sa ballade introspective, bientôt suivi par un piano nonchalant qui revient au thème avec une grâce qui nous laisse coi. Le FREE HUMAN ZOO ferme ses portes après un copieux programme d’une heure vingt-cinq qui nous aura fait voyager dans plein de mondes musicaux chargés d’histoire et d’imaginaire, de mémoires et d’aspirations. Son aventure, qu’il revendique comme libératrice et émancipatrice, n’est en rien usurpée, tant elle reconnecte l’être humain avec son fond le plus cher, celui qui lui permet l’émotion et la sensation. D’après la météo du ZOO, il n’y aura « pas de vent ce soir », mais il y aura assurément des éclaircies nocturnes qui illumineront le chemin des rêves vitaux. Stéphane Fougère




Blessed Wind Tonight ..., par Georges Millot, octobre 2019


Blessed Wind Tonight ... Certains peut-être se souviennent d'un choc musical de juin 1970, la sortie de l'album Third de Soft Machine. Robert Wyatt, le batteur magicien, y atteignait, avec ses frères énigmatiques, des hauteurs et des harmonies que je pensais impossibles.
La référence à cet album de légende n'est pas un effet de hasard. Prenant dans mes mains le superbe double CD de Free Human Zoo, "No Wind Tonight ...", le dépliant sur ses illustrations de planète nocturne, parcourant son livret captivant comme un grimoire, j'ai éprouvé le même frisson qui annonce une entrée en terre de légende. À quel voyage mon ami Gilles le Rest, batteur magique lui aussi, allait-il me convier, en compagnie de ses frères musiciens ?
J'ai tout retrouvé de Soft Machine, les rythmes sans cesse imprévus, les mariages de sonorités incroyables jusqu'à un duo guitare et trombone, les répétitions inlassables de thèmes, les envolées lyriques d'un Coltrane, les presque silences aussi profonds que chez Ravel, le souffle du be-bop... En même temps, je n'ai rien retrouvé, car tout est inédit. Les animaux du Free Human Zoo foulent une terre vierge. Le plus évident signe de cette singularité est le « Curritur » ďu deuxième disque, plus médiéval que la restitution la plus appliquée de la musique du XIIIe siècle. Pourtant, intemporel, il peut figurer dans une Heroic Fantasy. C'est aussi puissant que Carmina Burana, mais non parodique. La voix de Camille Fritsch caracole sur la mélodie comme une comète joyeuse. La joie, voilà ce qui illumine toute l'œuvre. Une Freude (pour l’exprimer en allemand), une Bliss (en anglais), une joie qui mêle celle de tous les jours, celle qu'on qualifie bêtement de "petite" à celle qui inspire et soulève dans l'espace. Qui donne puissance aux souffleurs et fait ruisseler le piano. Je n'ai jamais entendu dans ces plages un musicien qui prenne son chorus avec l'air de dire : enfin ! À chaque seconde au contraire, une bande de lutins inspirés m'ont ébloui de leurs tours, ensemble. Je suis sûr qu'ils ne sont pas contents d'eux-mêmes, qu'ils doivent se reprocher des tas de choses que moi, non musicien, je ne peux comprendre. Ils sont, à mon avis, du genre de Larry Corryel. Quelqu'un lui ayant demandé pourquoi il jouait, il répondit qu'il essayait sans cesse d'atteindre une note aiguë qui se dérobait toujours, au dernier moment. Les musiciens du Free Human Zoo doivent entendre cette note, dans la rue, au travail, en famille. Car ils donnent vraiment l'impression d'en approcher, et que l'auditeur aussi en approche, lorsqu'ils font de la musique ensemble. Vous n'avez pas encore commandé "No Wind Tonight ..." ?




KoSmïk muZïk, par Jean-Christophe Alluin, octobre 2019


Nous vous avons déjà parlé de ce combo atypique impulsé par le batteur-compositeur Gilles Le Rest, avec un premier EP sous forme numérique et un premier CD, voici ici un double CD (mazette) qui démonte une belle vitalité pour une formation qui a, hélas, si peu l'occasion de s'exprimer. On passera sur les changements de personnel et on saluera surtout la volonté du leader de maintenir le cap en un temps où les vents contraires sont si forts...
NWT est là et le premier CD est consacré à une unique composition déclinée en plusieurs mouvements. Gilles le Rest, bien que batteur, a retiré le meilleur de la musique de Christian Vander : le lyrisme. Le composition se décline en plusieurs tableaux : des moments parfois jazzy, plus dans l'obsession dans une influence évidente de Theusz Hamtaahk, mais il y a du Offering ici, voire de l'album "A tous les Enfants"... On sent ici une véritable recherche de la mélodie... Les thèmes, lumineux, rentrent facilement dans les oreilles et restent en tête !
Une jolie réussite !

Le second CD aborde des rivages assez différents. Dès les premières mesures, la voix fait son apparition en une farandole médiévale réussie, avant que les solistes ne se succèdent dans des ambiances jazzy -voire jazz-rock-, pouvant devenir à la longue, quelque peu lassantes. On sent des clins d'oeils aux grandes formations de Mc Coy Tyner, mais les chorus s'avèrent parfois trop classiques pour maintenir la tension installée par de beaux mouvements d'ensemble et de jolies mélodies au piano. A vouloir beaucoup donner, sous la forme d'un double CD, Free Human Zoo ne s'est-il pas, ici, un peu perdu en route ? Le groupe y dilue un peu son impact, malgré une belle énergie et un véritable engagement. Mais "No Wind Tonight ..." reste un disque attachant, pour une formation qui ne l'est pas moins.




Interview Samy Thiébault, Citizen Jazz, novembre 2019


- Quelle relation entretenez-vous avec la musique classique en général et plus particulièrement la musique symphonique ? J’écoute cette musique depuis que je suis tout petit, je suis venu au jazz de façon secondaire, en commençant par le saxophone classique. Mon premier émoi musical, ce fut lorsque je suis entré dans l’harmonie de mon village et qu’on a joué Les Tableaux d’une Exposition de Mussorgsky, et notamment cette pièce qui s’appelle « Le Vieux Château ». Ensuite, j’ai énormément écouté Wagner pendant mon adolescence, et j’ai tout de suite écouté Berlioz et la musique française. Le jazz est venu quand j’avais quinze ou seize ans. Auparavant, je baignais dans la musique classique. Mon père jouait du jazz mais c’était le truc « à côté ». Quand j’en ai fait mon métier, il y a eu la rencontre déterminante avec François Théberge qui donnait des cours d’arrangement au CNSM : or il se trouve que lorsque j’y étais, nous avions la possibilité d’écrire pour un orchestre symphonique. Ce fut donc la première occasion de reconnecter mes amours d’enfance avec le jazz. J’avais 28 ans et c’était la première version de la composition « Elevation », que j’ai retravaillée de fond en comble pour le disque, mais c’est là que j’en ai écrit le point de départ, il y a dix ans, dans le cadre de ce cours d’arrangement. Ensuite, il y a eu cette évidence à force d’écouter Coltrane, Herbie Hancock, Wayne Shorter etc. J’ai pu comprendre combien le lien avec la musique française était fort et la raison en est simple : c’est le rapport à la modalité. Debussy, Ravel, Fauré ont découvert la modalité et c’est cela qui crée le courant impressionniste. C’est pour cette raison, selon moi, que tous mes héros les ont écoutés. Mais il se trouve que la modalité se trouve aussi dans la musique indienne et qu’elle fonctionne comme ça. Et nous savons tous que Coltrane s’est intéressé à cette question sur la musique indienne. - Changeons de sujet, même s’il est toujours question de votre travail. Pouvez-vous évoquer votre participation à ce groupe qui s’appelle Free Human Zoo, se situant quant à lui plutôt à la jonction de Coltrane et de Magma ? C’est très gentil d’en parler et la première chose que j’en dirais, c’est d’abord… Gilles Le Rest ! C’est quelqu’un qui porte ce projet à bout de bras depuis dix ans, et d’une manière très radicale, dans la mesure où il a une idée très définie dans sa tête, avec la musique sérielle, la référence à Magma, et un climat qui peut paraître sombre. Dans le dernier disque, " No Wind Tonight ...", il y a une longue suite (« Bab’Y ») en hommage à des enfants morts durant le massacre de Babi Yar, et on entend une comptine pendant un quart d’heure. Je joue au ténor « Ti di ti ti ti », et lui n’en démord pas. Alors forcément, ça donne un disque qui est beaucoup plus difficile à défendre auprès des radios et des programmateurs, et même auprès du public que n’importe quel autre disque. Je le trouve d’une foi redoutable. Donc, Free Human Zoo, c’est Gilles Le Rest. Oui, il y a des références à Magma et Coltrane, mais elles sont lointaines ; on sait qu’il a écouté, mais quand tu écoutes les disques du groupe, ce n’est tant ça qui en ressort. Nous sommes tous dans des histoires de rock progressif, de musiques sérielles et contemporaines, avec de l’improvisation. Gilles a des oreilles très particulières et ça fait du bien de rentrer là-dedans. Propos recueillis par Denis Desassis, pour Citizen Jazz.




Prog-Résiste Mag, par Tom Charlier, novembre 2019


Gravitas in hoc et latinae citationes.

FREE HUMAN ZOO est une confrérie zeuhl, ou plutôt un « Projet de Musique Intergalactique Libre », mené par le batteur Gilles Le Rest, qui orne son projet d’hybridation stylistique (assumée) d’une « poignée » de cycles narratifs « poignants ».

Ici, un double album, « No Wind Tonight … », pour autant de fresques, tel l’introductif « Bab’Y », se voulant retranscription fidèle des pics et vals émotionnels des victimes d’un des plus grands massacres de la Shoah, celui de Babi Yar à Kiev en 1941, tandis que « Curritur ad Vocem » puise sa source dans les enluminures médiévales des Carmina Burana.

Une écoute appuyée de la suite inaugurale révèle justement que cette musique tient tout à fait du sismographe, tant les moments légers (pensez « Félicité Thösz ») et les impitoyables rouleaux compresseurs (songez « Slag Tanz ») s’y mêlent de manière bien peu extricable, faisant ricocher les espoirs et désarrois, pertes amères et élans de victoire (visiblement fort funky) des protagonistes de ces oubliettes de l’Histoire. Musicalement, les zïghes ravis par les explorations continuelles de l’alma mater Magma -surtout depuis l’aube du second millénaire, car les atomes de FREE HUMAN ZOO gravitent plus près de l’épure K.A. que de l’anarchie grand-guignolesque de Kobaïa ou du funk dionysiaque d’Attahk- seront ravis : le sextette ne cache à aucun moment ses accointances avec le lyrisme, l’intensité des broderies répétées et les textures organiques de rigueur sur la planète Kobaïa. On note également ici une tendance à exploiter la richesse du discours panoramiquement contrapuntique, qui réserve une place de choix aux hordes de cuivres, tandis que la section rythmique piano-basse-batterie nous martèle des ostinati qui semblent se renouveler à chaque mesure. Mention spéciale au piano façon jazz impressionniste de la section lydienne de la saga, « The Yar »/ « My Little African Doll », que (feu) Bill Evans et Mc Coy Tyner apprécieraient.

Le second oratorio, introduction à la guimbarde et percussions mise à part (!), brasse donc des influences bien plus européennes, au sens d’occidentales, que l’équilibre entre héritage afro-américain et balkano-soviétique auquel Vander et consorts nous avaient habitués. C’est le rêve éveillé de ceux qui ont toujours trans-aperçu quelque chose de vaguement médiéval et chevaleresque dans les incantations zeuhliennes. Flûtes (traversière et à bec basse), percussions, guitare clean et piano déroulent leur tapis vermillon, pour faire éclore quelques bonnes âmes vaillantes, au confluent de la musique ancienne et du jazz, entre les préparatifs d’une procession décidée -voire belliqueuse- et un souffle capricieux de liberté canaille ; association parfaitement neuve, si j’en crois mes fidèles oreilles et mes discographiques z’aïeux.

En somme, et avec en sus l’adjonction de deux pièces boni aux accents jubilatoires et subtilement ethniques et savoureux, FREE HUMAN ZOO nous délivre ici un compendium à la fois parfaitement délirant dans son ambition, maîtrisé dans son envergure, et se paie en plus la distinction de décrocher la timbale fort convoitée de l’innovation. Habile, versicolore et proprement inépuisable.

Tom Charlier, pour Prog-Résiste




Euro Rock Press/Japon, par Shigetoshi Miyamoto, mars 2020


"FHZ, que je décrivais comme "un des nouveaux arrivants venus en France" dans un ancien numéro, revient avec un nouveau double CD, "No Wind Tonight ...". Tout en conservant la puissance et le groove de ses débuts, avec ce drôle de mélange de rythme latin et de style “brass rock”, un brassage qui était déjà remarquable dans les œuvres précédentes, le groupe continue de compiler librement divers univers sonores, en fonction du thème de chaque morceau. Entre autres, ce qui est ici vraiment surprenant, c’est l'arrivée du chant féminin dans la suite "traditionnelle" médiévale qui ouvre le CD2 ("Curritur ad Vocem"), et qui nous fait penser à la "musique méditerranéenne", comme si les musiciens du FHZ avaient appartenu au label italien CRAMPS, à la fin des années 70 ! Par-dessus tout, ce groupe m'attire, parce qu'au lieu de simplement montrer sa technique, "pousser" sur le son, ou même se montrer pédant, l'ensemble “chante en toute clarté", pour faire appel à l'ensemble de nos émotions."

"FHZ, which I described as "one of the new arrivals expected in France" in our last mag., returns with a new double CD, "No Wind Tonight ...". While retaining the power and groove of its whole, with the Latin rhythm and the “brass rock” style, which were remarkable in the previous works, it freely adds various musical ideas, according to the subject of each piece. And specially, what is most surprising is the female voice in the suite "Curritur ad Vocem", with a traditional theme that makes us think of "Mediterranean music", like musicians of the Italian label CRAMPS in the late 70s ! Above all, this group attracts me because instead of simply showing their technical feel, "pushing" with the powerful sound, or being pedantic, the whole “sings deeply and brilliantly", calling all our emotions."





  • Black Facebook Icon
  • Black YouTube Icon

​​2020 © FREE HUMAN ZOO

Membres